AHOU numérique n°11 (23/10/2021)

Le mag des remplacistes dans le vent !

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Édito

Crise du capitalisme, crise écologique, pandémique, culturelle et bientôt crise politique ?

En effet, l’avenir apparaît de plus en plus angoissant. On pourrait parler avec Gramsci de crise de l’hégémonie, c’est à dire que le pouvoir peine à obtenir le consentement, avec un délitement par en haut et du remous en bas, résumé par la formule : « en haut ça ne peut plus, en bas ça ne veut plus ». Les partis traditionnels chutent et l’opposition au capitalisme de plus en plus inégalitaire et destructeur du Vivant est pourtant faible. La concentration capitalistique dans les médias s’accélère : les grands médias appartiennent aux plus riches et sont en de moins en moins de mains, avec bientôt la fusion entre TF1 et M6. S’en suit une connivence de ces médias avec les puissants. D’où une forte méfiance envers eux. Face à cela se développent des médias indépendants des puissances d’argent pertinents mais aussi les théories les plus délirantes et autres charlatans. Pourquoi nous en parlons ? Par pour culpabiliser, mépriser, mais parce que nous pensons que la population mérite mieux que la confusion. Parce que derrière ceux qui se qualifient eux-mêmes de dissidents il y a bien souvent des idées des plus réactionnaires, d’extrême droite. Que derrière un « ni de droite, ni de gauche » c’est surtout des idées excluantes qui dominent et ne remettent pas en cause l’ordre économique.

Chacun pense ce qu’il veut entend t-on souvent

Effectivement, on ne peut pas forcer les gens à penser si ou ça. Tant bien est qu’on le voudrait, nous ne voyons pas bien comment l’on s’y prendrait ? Magiquement nous arriverions à mettre des idées dans la tête gens ? Comme si on leur tordait le bras ? qu’on les faisait rentrer à coups de crosse ? Nous n’avons pas ce pouvoir ! Mais si la liberté de penser ce que l’on veut, c’est penser tout et n’importe quoi en dépit du bon sens, d’analyses rationnelles et d’arguments, quel intérêt ? Juste de ne pas se déjuger soi-même et se conforter dans une espèce de vérité intérieure que l’on ne remettrait jamais en question ? Ce n’est pas ça penser.

Dans ces temps difficiles, beaucoup se réfugient dans la foi, des dogmes que l’on assène, des vérités qui nous rassurent et nous disent ce que l’on a envie d’entendre. Ça concerne bien souvent la réinformation (terme cher à l’extrême droite) comme ReinfoCovid. Et si vous n’avez pas remarqué que ces gens fonctionnent de manière sectaire, sont de mauvaise foi et enferment les gens justement dans des dogmes qui les empêche de penser rationnellement, c’est que vous êtres déjà intoxiqués. Il conviendrait de ne pas boire les paroles de quiconque comme systématiquement vraies ou juste, ceci sans les avoir vérifiées, mises en perspective historique, bref, sans avoir établi une analyse critique rationnelle pour établir leur justesse.

Par ailleurs, ils font un mal fou aux luttes sociales par la confusion et division qu’ils amènent et nous écartent des vrais coupables de nos maux : la bourgeoisie, ses fondés de pouvoir d’État et les grands médias qui les soutiennent pour légitimer l’ordre inégalitaire ! Pas besoin d’ailler chercher midi à 14h.

La proposition d’extrême droite

Elle nous est imposée à longueur d’antenne des chaînes d’infos en continu, le cas Zemmour en est un exemple archétypal. Bolloré, propriétaire du groupe Canal (Canal+, CNews, C8 etc.) étend son empire médiatique : OPA sur le groupe Lagardère avec le rachat du groupe Prisma Media (Capital, Femme actuelle, GEO, Télé Loisirs, Voici, etc.), mainmise sur Europe 1 avec imposition d’une ligne réactionnaire ainsi que probablement à Paris Match et au JDD dont l’ancien directeur des rédactions Hervé Gattegno semble entre autres avoir fait les frais de son «antizemmourisme ». L’extrême droite sert les riches, à n’en pas douter et Bolloré a choisi son champion : son ancien employé sur CNews, Zemmour. En effet, Macron avait été promu par Xavier Niel (Le Monde), Bernard Arnault (Le Parisien, Les Échos) et par Lagardère (Paris Match) par l’entregent de Mimi Marchand. C’est entre autres ces milliardaires-là qu’il aide en retour avec une politique fiscale avantageuse aux plus riches (suppression de l’ISF sur les valeurs mobilières, flat tax, CICE passé en baisse de charges patronales, baisse de l’impôt sur les sociétés etc.). Bolloré, catholique intégriste à l’idéologie réactionnaire s’offre une influence médiatique mais aimerait bien avoir aussi sa part du gâteau, les faveurs du pouvoir politique et ainsi répandre plus encore ses idées d’extrême droite et voir celle-ci arriver au pouvoir.

Que ce soit Le Pen ou Zemmour, pas un ne favorise les plus pauvres, les travailleurs. La stratégie est plus à désigner des bouc-émissaires : l’Islam, l’immigré, le banlieusard, les noirs et les arabes, en résumer l’étranger, le traître à la Nation. Parfois à demi-mots. Les minorités sont également pointées ainsi que leur prétendue dictature. L’idéologie WOKE est pourfendue et l’adversaire est folklorisé, on lui prête les intentions les plus stupides à mille lieux des préoccupations des Français. Logique d’inversion, les victimes de racisme deviennent des bourreaux ; et de diversion des inégalités. Cette promotion de l’extrême droite ne sert qu’une chose : éviter la question sociale, des revenus, des services publics ; démocratique et climatique.

Dans les pays aux dirigeants réactionnaires et autoritaires comme la Pologne ou la Hongrie, cités en exemple par Zemmour : rien pour les classes populaires, économiquement, mais plutôt des baisses d’impôts pour les plus riches.

Que faire ?

Les Gilets Jaunes parlaient essentiellement de la nécessité de plus de pouvoir d’achat et de démocratie afin de pouvoir vivre dignement. Ils réclamaient la justice fiscale. L’immigration et l’identité n’étaient pas leur sujet. Il conviendrait qu’il en reste ainsi. Bien sûr la gestion de la pandémie par le gouvernement fut catastrophique. Et nous souhaitons tous de pouvoir vivre librement. Nous devons continuer à réclamer plus d’égalité. Idée à l’inverse de l’extrême droite, de Marine Le Pen et du RN, de Zemmour et autres Dupont-Aignan, Philippot, Asselineau etc.

Certains réclament toujours l’unité ! Oui mais sur quoi et avec qui ? Pas avec n’importe qui et sur des bases excluantes. Pas avec l’extrême droite. Et se construire une pensée politique ce n’est pas piocher à droite à gauche des idées, et de gauche et de droite, ou ni l’un ni l’autre. C’est au contraire avoir une cohérence d’ensemble correspondant à la devise républicaine : liberté, égalité, fraternité. Dommage que cela ne soit pas concrètement suivi d’effets. Pas plus actuellement avec la bourgeoisie autoritaire qu’avec celle identitaire de l’extrême droite. Encore moins pour respecter le dernier thème : leur but est bien plus de nous monter les uns contre les autres en faisant croire à une guerre civile inéluctable du fait de leur prétendu « Grand remplacement » !

Pour conclure

En période de crise organique du capitalisme il faut des solutions radicales de progrès humain, pas la soupe cosmétique de rafistolage et accommodement au capitalisme que constitue les débris sociaux libéraux du Parti Socialiste d’Anne Hidalgo ainsi que l’écologie de marché proposée par Yannick Jadot (Europe Écologie Les Verts).

Non, il nous faut un rapport de force clair et puissant avec les capitalistes, stopper les privatisations et au contraire nationaliser sous contrôle citoyen les secteurs stratégiques (énergies, transports, banques) au service de l’écologie, augmenter les revenus les plus bas (hausse du SMIC). Ainsi que changer nos institutions politiques de fond en comble (Constituante…). Stopper la spirale sécuritaire et la concentration dans les médias. Faisons tout notre possible pour que cette campagne présidentielle ne se fasse pas exclusivement sur les thèmes identitaires mais bien plutôt sur le social. Bref, un peu d’air frais !…


Lire aussi nos articles de blog sur le sujet

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L’histoire ne repasse pas les plats

Les Gilets Jaunes devaient reprendre les rond-points le samedi 16 octobre 2021 partout en France. À Brest, à 10h à Pen Ar C’hleuz. Seul un petit appel individuel de quelques lignes figurait ça et là sur Facebook… Peut-être beaucoup plus d’appels en des groupes privés, messageries internes ?… Quoi qu’il en soit : un énième appel à reprendre les rond-points tenant encore une fois de la pensée magique, d’un bref message incantatoire. Comme si l’histoire allait se répéter à l’identique, mécaniquement, les mêmes causes produisant les mêmes effets. À savoir, encore une fois, un pouvoir d’achat diminué par la hausse des dépenses contraintes due à l’augmentation du prix d’énergies (carburant, gaz, électricité) et de denrées alimentaires de première nécessité (pâtes etc.).

Et l’on voit alors souvent certains pester sur les réseaux sociaux, avec moult points d’exclamation rageurs, de type : « Bougez vous bordel !! ». Ou autre classique, les accusant d’être de véritables moutons, ceci, parfois illustré d’une image d’un troupeau de moutons, quoi de plus explicite !! Le cocasse de la situation ? Comme à chaque fois, ils font comme si l’histoire repassaient les plats… Jamais ! De plus, ils reprochaient à Macron et aux institutions politiques leur manque de démocratie. Celle-ci devrait être plus participative, nous devrions pouvoir agir à travers le RIC, un RIP (Référendum d’Initiative Populaire) plus accessible, voire avec l’instauration d’une Constituante ! Très bien… Pourquoi alors n’agissez-vous pas pour vous organiser conséquemment ? Ne pas juste croire à l’effet magique d’auto-prophéties auto-réalisatrices, mais véritablement œuvrer pour que les gens se mobilisent ? C’est à dire relancer les réseaux. Voir qui viendra vraiment le jour J. L’amener avant sur les réseaux sociaux, faire circuler l’info de RDV par tous les moyens ! Et là : rien. Comme si la démocratie ce n’était pas d’abord s’autoorganiser, mettre le démos, le « peuple » en mouvement, le faire participer à sa propre mobilisation ? Bien sûr cela demande du temps, du travail ! Cela, c’est sortir du spontanéisme et de l’individualisme, c’est rassembler cette masse atomisée, dont chaque atome vitupère sur internet, Facebook etc. Il ne suffit pas de vouloir, il faut pouvoir : compter ses forces et agir en conséquence. Qui fait quoi ? Comment ? Quelle coordination, quelles alliances ? Etc.

Ceci n’est pas dit pour faire la leçon, la morale. Même s’il y a une certaine exaspération à voir que l’on revit sans arrêt la même chose, l’énième appel à reprendre les rond-points, à rejouer l’acte originel, mythique. Ça fait peut-être plaisir comme message d’espérance, de revivre, au moins en imagination, ce mythe fondateur, la prise des rond-points… Mais encore faudrait-il se doter des moyens d’organisation, des outils pour accompagner le mouvement : AG, réunions d’action/organisation, moyens de communication et mise en réseau, inventaire des ressources/ce que chacun peut faire/avec qui et comment ? Et surtout, comment fédérer avec l’extérieur/s’ouvrir et sortir du noyau des origines également/accueillir de nouvelles personnes.

Car du fait de la précarisation chaque jour plus avancée, la hausse des prix (énergies, denrées alimentaires etc.), nous pourrions accueillir de nouvelles personnes. Encore faudrait-il pourvoir les accueillir, qu’elles sachent où nous joindre et surtout, que nous nous donnions les moyens de les faire rentrer dans le groupe. Sans que nous les perdions au bout de quelques actions/manifs. Que le lien dure, que nos structures mises en place soient pérennes. Qu’elles soient permanentes. Que nous puissions les réactiver sans cesse. Qu’elles soient en lien avec tous les lieux de lutte, d’entraide, afin de mutualiser les forces. Pour cela la ligne doit être claire : une ligne de classes ! Sans ouvriérisme pour autant, car nous pouvons agglomérer au-delà d’un prolétariat (ouvriers et employés non qualifiés) à 30 % des actifs (E. Todd). Ouvriers et employés représentent environ 50 % de la population française [1]. Mettons qu’idéalement et abstraitement, sans trop tenir de petits intérêts particuliers de classes intermédiaires, nous pourrions tenter d’unir une majorité de la population contre les 1 % les plus riches et les 19 % qui les servent, notamment idéologiquement : petite bourgeoisie CPIS (Cadres et Professions Intellectuelles Supérieures), bourgeoisie culturelle qui façonne l’idéologie, notamment dans les grands médias mais aussi dans les administrations, services publics etc.

Ainsi nous ne devons pas exclure bien évidemment et marquer une ligne de démarcation franche et claire avec l’extrême droite et ceux qui la servent : conspis/confus etc ! Sur des bases égalitaires et tolérantes. Amen !

Et surtout, retrouver une analyse et conscience de classe, plutôt que d’hasardeux, nauséabonds ou flous clivages comme ce peuple, qui serait uni, contre les mondialistes – terme de prédilection de l’extrême droite pouvant renvoyer insidieusement dans la bouche de certains aux «cosmopolites », aux juifs ! ; mais également contre les musulmans, les délinquants (pauvres bien sûr, c’est plus facile, pas les évadés fiscaux !…), le migrant, l’étranger etc.

S’affirmer positivement contre les vrais puissants, les capitalistes et leurs complices d’État, politiques et médiatiques.

1. Emmanuel Todd, p. 92 de Qui est Charlie ?, Paris, Seuil, 2015.


Citations

Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce.

Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants. Et même quand ils semblent occupés à se transformer, eux et les choses, à créer quelque chose de tout à fait nouveau, c’est précisément à ces époques de crise révolutionnaire qu’ils évoquent craintivement les esprits du passé, qu’ils leur empruntent leurs noms, leurs mots d’ordre, leurs costumes, pour apparaître sur la nouvelle scène de l’histoire sous ce déguisement respectable et avec ce langage emprunté.

Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1851)

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Les Géométriquement aventures de
Marcel Triangle et René Rond
En Gilet Jaune






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Le jour où « les courbes se sont croisées »

Ça y est, les courbes se sont croisées comme disent les « grands »  médias ! Même si la méthode et l’opportunité d’un tel sondage (Harris Interactive, 10/10/2021) sont contestables… Mais peu importe, le story-telling bat son plein, avec en gros : Zemmour qui atteint 17 % des intentions de vote de ceux se disant certains d’aller voter, dépassant pour la première fois à la fois Le Pen (15 %) et Bertrand (13 %) ; Macron reste stable à 24 % ; Mélenchon est à 11 %, Jadot et Hidalgo à 6 %.

Cette dernière fait un pitoyable début de campagne, creux. Aucun fond. Rien de précis et préparé. Elle s’est décrédibilisée dès le départ en proposant l’irréaliste proposition de doubler le salaire des profs. Jadot ne décolle pas depuis son intronisation comme candidat d’Europe Écologie Les Verts. Mélenchon reste stable. Il ne serait pas étonnant que l’effet « dégagiste » et de renouveau fasse encore baisser Le Pen et augmenter Zemmour. Quant à Bertrand, il suffit de le regarder, lui et sa tête de comptable, de pharmacien de province, de VRP… Les autres candidats LR ne brillent pas non plus par leur charisme et la nouveauté idéologique. Barnier est apprécié des militants qui voteront pour désigner leur candidat à la Présidentielle de 2022 au congrès LR du 4 décembre 2021. Mais d’après ce même sondage, il ne récolterait que 7 % des votes des Français s’il était le candidat LR à cette même Présidentielle. Les Républicains pourraient donc s’effondrer et subir sensiblement le même sort que le Parti Socialiste en 2017. Zemmour prendrait d’après ce même sondage 30 % de l’électorat Le Pen et de même de celui de Fillon. Il ne serait pas non plus étonnant qu’il grignote aussi l’électorat populaire, ouvrier du mal nommé Rassemblement National.

Face à cela, il est à craindre que le « mouvement ouvrier organisé » (syndical) et ce qui gravite autour (mouvements plus autonomes…) soient très faibles, comme déjà le 5 octobre 2021 avec la journée intersyndicale pour demander des augmentations de salaires, pour l’emploi, contre le chômage etc. Il y avait aussi des organisations de jeunesse. Et d’ici la Présidentielle, ces mouvements risques d’être sporadiques et pas suffisamment massifs. Les prix augmentent, certes, mais cela n’amène pas mécaniquement un mouvement social de type Gilets Jaunes . L’histoire ne repasse pas les plats. De plus, la droite représente 69 % des intentions de vote, et encore, sans les petits candidats : Dupont-Aignan, Philippot, Assellineau, Fabrice Grimal, candidat investi par des groupes de GJ et qui devrait être « parrainé » par Cheminade. Face à cette France, le mouvement social est bien inorganisé, impuissant. Les dindons de la « farce » (ou tragi-comédie) ? Les Républicains qui feront leur congrès de losers le 4 décembre afin de déterminer leur candidat qui, quel qu’il soit, semble incapable d’accéder au second tour. Rappelons que le projet Zemmour, c’est d’éclater le RN et LR en se positionnant comme unificateur des droites, le RPR des années 90 (Pasqua et Seguin). Un gaullisme social allié à une politique virulente envers l’Islam et l’immigration, l’insécurité. Il dit lui-même vouloir refaire ce parti, soit l’alliance d’un électorat de « classes populaires » et d’une « bourgeoisie patriote » selon ses termes. C’est toujours là un des traits du fascisme, que cette alliance, ou disons plutôt celle des classes moyennes avec le grand capital. Il joue aussi la base LR contre ses chefs qualifiés par lui de « centristes », de mous en somme. Il fait comme bien d’autres parler son potentiel électorat, affirmant que la base LR est beaucoup plus proche de ses positions à lui que de celles de ses chefs, « notables centristes » qu’il qualifie de « chochottes ». Il est habile, rusé, stratège. Sa communication : lui n’est pas un politicien. C’est un homme nouveau. Comme Macron en 2017, l’analogie n’aura échappé à personne. Il est affligeant de constater, même si ce ne sont que des sondages (à six mois des élections), que la démagogie la plus crasse récolte encore ses fruits. Et peut-être des gens se voulant antisystème se laissent berner par ce genre de personnalités pseudo-providentielles. Car il y a là le mythe du grand homme, il ne cite pas par hasard les noms ou phrases de Napoléon, De Gaulle etc.

Mais ces électeurs populaires qui peut-être pourraient arriver à voter Zemmour, seraient très vite cocus. Peut-être verront-ils des étrangers virés s’il est au pouvoir ? Ainsi qu’un grand « nettoyage » en banlieues comme l’évoquait Michel Onfray ? L’immigration sera très probablement stoppée nette (et encore ?…). Ils pourront se réjouir de voir leurs propres problèmes déportés sur d’autres, leurs frustrations se projeter violemment sur l’« Autre », par l’intermédiaire de l’État et de son chef suprême Zemmour. Mais en rien leur situation sociale personnelle ne sera changée. La situation économique actuelle est très préoccupante (l’inflation…) et le Zemmour ne fera rien pour les classes populaires à part leur désigner des boucs émissaires. Il n’augmentera pas leurs salaires. Il ne résorbera pas le chômage structurel, systémique… et, si tant est qu’il vire on ne sait trop combien d’étrangers, il ne sortira pas de l’Union Européenne ni de l’Euro, bref, il n’engagera pas de bras de fer avec le capital et ses institutions amenant en France les privatisations et la mise en concurrence de chacun contre tous, par l’entremise de directives européennes, de l’UE. Business as usual, également sur le front écologique. La décennie s’annonce décisive pour stopper net le désastre. Macron ou Zemmour n’y changeront rien, craignant de baisser la compétitivité des entreprises françaises et de déplaire au patronat. Tout l’édifice social repose sur la croissance. De là découlent les recettes de l’État, il faut donc pour eux l’encourager pour assurer l’impôt, car bien sûr ils ne taxeront pas plus les dividendes des actionnaires alors qu’ils ont explosé pendant la pandémie. Zemmour se propose même de baisser les impôts de production. Il n’y a pas de secret, pour être compétitif il faut produire à moindre coût et pour cela faire les « économies d’échelle », c’est à dire augmenter la productivité pour baisser les coûts marginaux, c’est à dire de la dernière marchandise produite. Pour cela tous les coups sont permis : délocaliser, chaîne de production ultra-divisée pour des coûts et une protection environnementale amoindris, extension à l’infini du capital, création de mastodontes mondiaux prenant des parts de marché de plus en plus grandes sur le marché mondial, concentration du capital. Produire plus pour rentabiliser les investissements (achat de nouvelles machines, nouveaux procès de production, brevets etc.). Bref, Macron ou Zemmour, en économie – le nerf de la guerre, qui parfois éclate entre impérialismes – sont libéraux et ne feront rien pour l’écologie, ou si peu, ou pas assez. Encore une fois, ce seront les classes populaires, les plus pauvres et précaires, qui en payeront les frais. L’on a vu cet été les catastrophes climatiques s’accentuer. Ce n’est pas prêt de s’arrêter et les pénuries guettent… Le prix des énergies s’envole (gaz, électricité), à cause notamment d’une croissance mondiale très forte, de rattrapage suite à la pandémie. Les grandes puissances économiques mondiales vont droit dan le mur. Macron et Zemmour nous proposent la même chose. Les problèmes dus à l’environnement, à la pollution, au changement climatique touchent surtout les plus pauvres. Les riches, eux, ont les moyens de fuir ! Donc la politique environnementale des deux candidats libéraux économiquement profitera surtout aux riches, à cette « bourgeoisie patriote » chère à Zemmour.


Au fond son projet c’est : « protégeons notre bourgeoisie » et soi-disant « nos prolos » ou plutôt « notre petit peuple ». C’est tenter de masquer les antagonismes de classes par le bouc émissaire musulman et de l’immigré. Et puis, chacun à sa place quoi ! C’est diviser les classes populaires sur des bases ethnico-confessionnelles et pointer la délinquance uniquement comme un phénomène à éradiquer de manière répressive.

Cette délinquance, en gros, Zemmour l’attribue aux noirs et aux arabes, aux islamistes, aux immigrés. Jamais les causes de celle-ci ne sont explicitées dans sa bouche, à savoir les 40 années de néolibéralisme : chômage de masse du fait de la dérégulation financière par Mitterrand, libre circulation des hommes et des capitaux, la conversion totale à l’économie de marché, l’État qui se coupe lui-même les moyens de création monétaire, se rend dépendant des marchés financiers. La dépendance vis à vis de l’UE, du libre échange et du « libre marché » mondial. Les délocalisations. La concurrence avec les travailleurs du monde entier, leurs salaires, conditions de travail et normes environnementales. La destruction des services publics. De tout ça, Zemmour, comme Macron, ne souffle mot. Il s’en fiche complètement des privatisations. Il ne souhaite pas revenir sur l’ouverture à la concurrence de la SNCF, nationaliser EDF et GDF s’il le faut, briser l’oligopole médiatique. L’hôpital ? Il s’en contrefout ! La Poste ? Pareil ! Aucune grande stratégie pour remettre la main sur les grands services publics qui ont donc été privatisés ou en voie de l’être, ceci, sous contrôle citoyen. Car reprendre le pouvoir sur nos vies, c’est, en plus d’un accroissement de la démocratie (révocation des élus, Constituante, RIC etc.), essentiellement reprendre le pouvoir sur le travail, sur la production : que produire, comment, quand, en quelles quantités, bref, ce n’est pas tout laisser aux aléas et fluctuations du marché ! Sans cela, pas de rupture écologique, car une transition impliquerait peut-être trop l’idée qu’on a le temps… Nous ne l’avons pas !

Pas plus que nous devons perdre 5 ans de plus avec au pouvoir un Macron bien sûr, mais aussi toutes sortes de démagogues : Zemmour, ou sa version maintenant ringardisée, Le Pen, qui elle aussi, malgré quelques effets d’annonce (la retraite à 60 ans,« un choc de pouvoir d’achat »…) assurera la continuité économique et l’inaction écologique. Car sa politique de dédiabolisation est surtout faite pour aguicher la bourgeoisie. Hors celle-ci a plus que tout horreur de l’instabilité économique… Quant à un Président·e issu·e de LR, alors pourquoi voter si c’est pour que rien ne change, politiquement concernant les institutions, comme économiquement concernant notre pouvoir d’achat pour vivre dignement, pouvoir établir une fiscalité juste et plus de démocratie par la refonte des institutions : marre de cette 5ème république flirtant avec la monarchie, hyper-verticale et pyramidale, où comme on a pu le voir avec Macron, une seule personne décide tout… et « l’intendance suivra » comme disait le général De Gaulle dont décidément beaucoup réclament l’héritage, à commencer par le vermisseau réhabilitant Pétain… À vous de décider qui de Zemmour ou de Macron mérite le plus cette qualification… de vermisseau! L’homme de Colombey les Deux Églises (et non mosquées rassurez-vous fascistoïdes de tous poils ça va bien se passer !) doit bien se retourner dans sa tombe. Imagine t-on le général De Gaulle réhabiliter Pétain ?

Décidément les hommes d’aujourd’hui ne sont plus à la hauteur et se vautrent dans l’indécence. Nous n’aurions pas imaginé nous-même citer le grand Charles. Cela ne vaut pas révérence à cet homme de droite. Fini la droite, ! En 2022 : ni Macron, ni Zemmour, ni Le Pen, ni Bertrand ou autres Pécresse ou Barnier, du changement que diable !… social.

Ahou, voilà qui est foutrement dit.


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Le venin dans la plume


L’analyse ici présentée peut valoir pour l’extrême droite en général, celle notamment la plus provocante que l’on peu rencontrer sur les réseaux sociaux.

Le venin dans la plume, livre de Gérard Noiriel, La Découverte, Paris, 2019.
Qu’en retenir ?

Essentiellement, que pour réfuter des « polémistes » comme Éric Zemmour et Édouard Drumond, la raison ne suffit pas, est même contre-productive. On passe pour un ringard, un peine-à-jouir, ou un scientifique. Car la « pensée » et la verve de ces auteurs est profondément antiscientifique. Au fond, on appelle ça de la démagogie, même si le terme n’est jamais employé dans le livre. On construit un récit avec une victime, un agresseur et un justicier.

L’auteur souligne que les deux pamphlétaires ont bénéficié de l’extension d’une culture de masse avec la multiplication de journaux consécutive à la loi sur la liberté de la presse de 1881 pour Drumond, la TNT, les chaînes d’info, puis les réseaux sociaux pour Zemmour. La libéralisation sous la Troisième République en France favorisa la diffusion d’idées nationalistes et antisémites et la parution du pamphlet antisémite La France Juive par Drumond (1886), ainsi que celle de son journal La Libre Parole (1892).

Ils utilisent des effets spectaculaires, des duels, au sens propre pour Drumond, au figuré pour Zemmour, pour faire parler d’eux et de leurs livres. Drumond est bien sûr dans l’attaque ad hominem , plus ordurier etc. la législation de l’époque le permettant. Mais mutatis mutandis, Zemmour l’est également. L’idée étant par ailleurs de chaque fois remettre une polémique sur la table pour alimenter son autopromotion et avancer ses idées. Ses adversaires bien souvent utilisent le même procédé que lui et restent surtout donc dans la polémique. Noiriel pense que ce n’est pas la bonne tactique à suivre.

Il semble qu’il n’y en ait pas, de bonne tactique. Car le système médiatique nourrit largement ce type de rhétoriques et s’en sert pour faire de l’audience. Le clash, le buzz, bref, vous connaissez. Une polémique en remplace donc une autre, l’important est d’occuper le terrain. Ainsi, comme avec les complotistes délirants, il prend beaucoup plus de temps de démonter rationnellement une ânerie/saloperie de Zemmour, qu’il ne lui en prend à lui pour cracher son venin. Nous sommes à armes inégales.


Modeste hommage à Charlie Hebdo, du temps d’Hara-Kiri…

Comment lutter contre ?

Noiriel propose de faire de l’« éducation populaire ». Il n’utilise certes pas cette expression mais c’est en gros l’idée. Là encore, la chose est longue, lente, parfois compliquée, toujours plus que pour Zemmour de sortir ses saloperies.

Il propose aussi d’élargir le « Nous » utilisé par Zemmour. Finalement, dans ce « Nous » les Français, y inclure tout le monde… Mieux encore il nous semble, comme il le propose également : changer ce clivage ! Passer d’un « Nous » les Français face à « Eux » les musulmans (immigrés, étrangers) à un clivage sur une autre identité : sociale cette fois-ci. Comme par exemple : « Nous » les classes populaires, face à « Eux » les dominants, « élites » politiques et économiques surtout. On pourrait donc aussi intégrer dans ce « Eux », certains journalistes ou de préférence éditorialistes vedettes des mêmes grands médias des milliardaires assurant la fabrique de la domination idéologique.

Noiriel propose aussi de montrer les contradictions de ces mêmes médias, journalistes qui passent une bonne partie de leur temps à critiquer les réseaux sociaux comme une infamie populiste, mais qui en même temps cautionnent l’anti-intellectualisme d’un Zemmour.

Car, comme pour Drumond, c’est là un de ses fonds de commerce. Se placer comme l’outsider qui dit tout ce que les autres pensent tout bas, en pratiquant une logique d’inversion : ce sont les universitaires (particulièrement les historiens), qui sont la véritable fabrique idéologique et lui-même serait un opprimé de cette élite méprisante. Il y a là une victimisation permettant une auto-justification en tant que franc-tireur permettant de discréditer par avance toute parole scientifique officielle qui ne serait que mépris de classe à son égard. Et Zemmour n’hésite pas pour cela à mettre en avant son histoire personnelle, venant d’un milieu plutôt modeste. Il se place régulièrement en victime des bien-pensants voire de la censure qui ostracise sa famille de pensée, celle de l’extrême droite identitaire. Alors que par C News notamment et d’autres chaînes d’info en continu, il contribue à véhiculer une idéologie d’extrême droite ultra présente maintenant dans les « grands médias », quasi-hégémonique. Il pourrait même sembler qu’elle ait remplacé l’idéologie néolibérale sur ces chaînes d’info en continu. Ou disons plutôt que l’on y parle peut-être moins d’économie que d’immigration, ce qui leur est très pratique et permet d’esquiver la question sociale, d’éviter de parler d’exploitation, des salaires trop bas, du chômage et de la précarité, de l’aliénation et du système économique dans son ensemble : le capitalisme destructeur du Vivant !

Noiriel propose enfin de distinguer le « champs politique » du champs « scientifique » et opérer un vrai travail de traduction pour toucher le grand public. Pour cela, il faudrait enrayer la séparation très prégnante entre « classes populaires » et « élites fortement scolarisées ». Ainsi, il pense qu’il faudrait investir d’autres langages que celui de la science et donc passer par celui des arts : cinéma etc. Travail colossal s’il en est, tant l’on connaît la concentration économique de ces secteurs : travail de fourmilles ! Ce ne sont en tous cas pas les médias des milliardaires qui nous y aideront. Pour cela, il faudrait briser l’oligopole médiatique.



En conclusion

En résumer, un autre discours doit remplacer celui de Zemmour et autres personnalités d’extrême droite. À savoir porté sur le social, incluant, le « Eux » rejeté par Zemmour intégrerait le « Nous »… Ce récit doit susciter des affects suffisamment puissants pour permettre une identification. La lutte des classes permettait cela. « Nous » le prolétariat, contre « Eux » les patrons. Beaucoup reste à inventer pour sortir de l’impasse du nationalisme identitaire antimusulmans de Zemmour, comme celui de Drumond était antisémite… les deux se disant républicain. Il ne paraît donc pas opportun de démonter la rhétorique de Zemmour en se plaçant sur le terrain de la raison, dire qu’il dit n’importe quoi sur les faits, car c’est ce que demande sa clientèle, du « n’importe quoi ». Mieux vaut plutôt se placer au « niveau de la « grammaire », c’est à dire des règles que les polémistes identitaires appliquent pour asséner leurs « vérités » » (G. Noiriel, p.234).



Pour un résumer de la pensé de Gérard Noiriel sur le sujet, lire aussi :

Quelques articles cités dans le livre

L’histoire selon Zemmour : circulaire, identitaire, essentialiste où se succèdent les « grands hommes », matérialisation de l’Esprit de la France éternelle mais dont les classes populaires sont absentes.

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Les aveugles sont rois

Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Sont-ce des êtres humains comme les autres ? À moins qu’il ne s’agisse de reptiliens refoulés ? Frustrés du pouvoir, de l’impuissance, de l’incapacité à agir sur leur vie ? « Trop de psychologie » vous dîtes, « c’est fascisant ! ». Logique de l’inversion, encore une fois : habile procédé rhétorique. Il ne faut pas que la psychologisation pervertisse la prochaine élection présidentielle ? Ah vous n’en attendez rien. Voulez-vous du vermisseau fascisant ? Ah c’est la droite me dîtes vous ? Drôle de conception de la droite ! Elle s’est tout de même un peu corsée, avouez ? Non ? Tout ce vaut vous dîtes ? On peut dire à peu près tout et n’importe quoi. On peut prendre à droite, à gauche, agglomérer tout et son contraire, il faut faire ses courses en libre service. La cohérence ? Allons bon c’est has been. Défendre le peuple ? Les classes populaires ? Ah il suffit pour cela de virer les étrangers. Ah les délinquants seulement, ouf. Les islamistes aussi bien sûr, et pourquoi pas les gauchistes ? Après tout ils l’ont bien dit à la télé que c’était des pourris ! Du coup on s’arrête où ? C’est que c’est épuisant de virer tout le monde comme ça. À qui le tour ? J’exagère ? Vous avez peut-être raison. Après tout, ils se sont dits républicains, c’est un sésame. Un État autoritaire peut être républicain vous dîtes ? Oui, probablement, il suffit de passer des lois pour ça, toutes plus constitutionnelles les unes que les autres. Et si elles ne les sont pas, hop, on change la constitution, c’est tellement tentant, ça s’est déjà fait et ça se fera encore. Ça a même déjà commencé, le savez-vous ? Toutes ces lois scélérates qui s’accumulaient, petit à petit, les unes après les autres. Comme le supplice de la goutte d’eau, la torture ! Ou ce fameux vase… amené à déborder, recevant une à une les gouttes du plus tendre venin, incolore, indolore. On vous menotte tout doucement, resserrant patiemment les crans, jusqu’à n’en plus pouvoir. Vous me direz, tout ça, c’est pour notre bien, pour pouvoir vivre peinard. Après tout, chacun a droit à sa tranquillité. Je dirais même plus, nous avons droit à notre tranquillité ! C’est qui « nous » ? C’est contre « eux » ? Est-ce que l’on a besoin d’« eux» pour se sentir plus forts, presque exister. Mais qui nous a mis la laisse ? Qui tue le plus ? Le migrant ? L’étranger ? L’ensauvagé ? Ou le chômage ? Comme la finance il n’a pas de nom, pas de visage, pour nos gouvernants c’est juste un concept abstrait, pour d’autres, une réalité qui les écrase chaque jour un peu plus. La délinquance augmente disent-ils ? Où ça ? Dans les quartier bourgeois ? Des hordes de bourges tuent, pillent, violent, volent à la tire ? Non, ce sont les pauvres bien sûr ! Fichtre, les pauvres, ce sont encore les mêmes, non ? Les noirs, les arabes vous dites ? Ah c’est déjà dépassé tout ça, ça fait trop raciste ! Maintenant on dit : le « migrant », l’« Islam », les colons inversés, l’État dans l’État comme il dit le freluquet ! Quelle verve ! Tout ça pour masquer un peu la dégueulasserie. Ayez peur braves gens, arrive le Grand Remplacement. Ils sont là, tapis dans l’ombre, parmi nous, la 5ème colonne, le couteau entre les dents, comme naguère le bolchevique, prêts à nous sauter dessus, nous égorger, violer nos femmes, kidnapper nos gosses ! Le phénomène est inévitable, repliez-vous, l’État s’occupe de tout. Un cinglé donne les ordres, loyaux les flics aboient, appliquent sans rechigner. Ça dératise comme ils disent, il faut nettoyer la vermine, on en voit même qui prennent du plaisir. Vous aviez bien fait de fuir le vaccin, la terrible dictature sanitaire ! C’est Bill Gates qui a tout manigancé. La puce ? C’est lui ! Maintenant vous êtes des robots pilotés à distance ! Ah vous l’étiez déjà ? Comment ? Ah oui, votre smartphone, c’est vrai. Mais ça ne fait rien, Bill ne vous aura pas. Fuyez les remplacistes, partez à la campagne, dévalisez les stocks de PQ et faites confiance à la maréchaussée. Accumulez vos stocks de pâtes et commencez à construire votre bunker dernier cri. Chez Casto ils en font à emporter. Pas besoin pour ça de QR Code. Encore moins de vaccin. Voilà, maintenant fermez la porte et respirez un bon coup. Vérifiez tout de même qu’il n’y a pas quelqu’un qui se cache derrière votre stock de conserves, le fourbe ! C’est bon ? OK. Maintenant, allumez la radio, vous verrez c’est sympa ils passent la 9ème, et Chopin. Mais c’est éclectique, il y a aussi Les Enfoirés, plus virulents que jamais avec leur dernier tube, une chanson engagée contre le Grand remplacement. Ils sont financés par Soros. Grâce à la 5G vous pouvez la capter directement dans votre crâne. Ah vous n’avez pas de puce ? Ça, c’est ce que vous croyez ! Ça fait un moment qu’ils nous en injectent. Des nanoparticules. Partout. Dans la bouffe, dans le jardin, dans les arbres. Vos enfants aussi en sont truffés. Votre chien ! Oui bien sûr, ils en foutent dans les croquettes. Pourquoi croyez-vous qu’il est toujours collé à vos basques ? Il vous espionne ! Le tout est relié à un grand central. Un algorithme identifie, classe et moucharde vos moindres gestes, paroles. Ils entendent tout, détectent tous vos mouvements. Vous croyez bien vous planquer, le mal est en vous, vous ne pourrez jamais l’enlever. Sauf à vous auto-mutiler. Mais n’allez pas jusque là. Après tout où est le mal, si vous n’avez rien à vous reprocher ? Leurs intentions étaient louables. Ils avaient fait ça pour les criminels. Pas pour un type sympathique comme vous ou pour la femme brillante que vous êtes, bien élevée, respectueuse des lois. Non, laissez ce fusil tranquille, ça ne sert à rien de tuer votre chien. La puce, de toute façon, c’est directement à la source qu’elle se nourrit, qu’elle moucharde. Toutes vos pensées sont immédiatement captées. Vous voyez, ça ne sert à rien de conspirer. Oh je vois que vous n’en avez pas l’intention. Vous préférez accuser l’autre. Au fond tout ça est de leur faute, aux ennemis de l’intérieur. Vous êtes un résistant. Vous ne souhaitez de mal à personne, bien sûr. Et puis maintenant tout va aller pour le mieux. Les gouvernants vont vous soigner, puisqu’il n’y a plus d’étrangers pour vous sucrer l’assistance sociale sur le dos. Voilà… Prenez votre comprimé tout de même, ça vaut mieux. On ne sait jamais, il y en a toujours un ou deux qui arrivent à passer entre les mailles du filet. Vous entendez, au loin, les canons des chars qui grondent. Qui aurait cru que l’on en arriverait là, avouez ? Vous vous en réjouissez, ça veut dire que la police fait bien son boulot. Souvenez-vous à l’époque, vous disiez qu’il fallait rester unis, ne pas diviser. Du coup on en parlait pas de tout ça, du moins pas en public. Puis après, lâchement, chacun alla gerber son petit bulletin de vote dans isoloir. Honteux et fier à la fois, vous lâchiez votre bile qui n’en finissait plus de déborder des urnes. Car vous vous étiez déplacés en masse cette fois. L’heure était grave !… Il fallait sauver la civilisation. On allait pas crever allons voyons, faut ce qu’il faut quoi ! Vous aviez bien raison. Logique implacable. Vous vous en auto-persuadiez. Et après tout, balancer les gens à la mer, les ramener chez eux – qu’ils y restent, guerre ou pas – ce sont des idées qui en valent bien d’autres hein ! Chacun pense ce qu’il veut. Et puis : « on est tous différents, on est tous des humains ». Il ne faut pas diviser disiez-vous. Entre « Nous », s’entend. « Les juifs contrôlent les médias ! » dîtes vous… Ah oui, c’est vrai, il y a droit de tout dire, et bien sûr c’est pas de l’antisémitisme. Ce serait vraiment être un intolérant et intolérable rabat-joie que de prétendre ça. Il faut que vous puissiez tout déverser, tout cracher, c’est le Grand déversoir. Tout peut se dire, tout peut se penser. Des arguments ? « Je me pose des questions » dites-vous, tout simplement, en toute bonhommie. Vous êtes un curieux. Un chercheur de vérité, un sceptique au fond, c’est tout l’esprit des lumières qui vous traverse le corps. Alors toutes les théories un peu palpitantes pouvant être posées là, comme un étron au milieu du salon, y marchera qui veut. Chacun fait ce qu’il veut hein ! Ah oui, l’individu est roi ! Nous sommes à l’heure des masses atomisées. Un amoncellement de tout et n’importe quoi qui se côtoie. Il y a droit de tout dire. Pas pour être subversif, non, pas la satire d’entant qui vilipendait le pouvoir, la bourgeoisie, les politiciens, les curetons. Non, pour dire de la merde. Pour répandre insidieusement les pires ignominies. « Je dis ça, j’dis rien », dites-vous. Chier à longueur de journée sur les musulmans ? Ah oui, c’est ça être subversif de nos jours, j’oubliais ! Le tout à la télévision… 1, 2, 3, 4 millions de spectateurs vous dites ? Pas mal. Le « Grand remplacement » en « prime-time » ? Ah oui, c’est vrai, il faut parler de tout, ne pas le faire ça serait le fascisme ! Après tout c’est un sujet comme un autre maintenant. Il faut être démocrate et en débattre. Le complot reptilien ? Oui pourquoi pas également, après tout il faut être moderne, il faut vivre avec son temps. Et puis je n’veux pas avoir l’air de fuir. Ah tiens, c’est à moi de prouver qu’il n’existe pas, pas à celui qui affirme de telles âneries de le faire ? Nous voilà bien ! Et bien sûr, on invite bien l’extrême gauche, alors, pourquoi pas des néo-pétainistes. Vous avez raison, il faut savoir faire preuve d’ouverture. C’est tout à votre honneur, je n’suis qu’un affreux réactionnaire, probablement même un islamo-gauchiste. Un laxiste qui refuse de voir le racisme antiblancs qui gangrène nos banlieues. Un LGBTQ+ophile qui ne demande qu’à ce que nos gosses puissent changer de sexe, et si possible, le plus tôt et souvent possible. Après tout, il n’y a pas de raison que les enfants ne puissent pas disrupter eux aussi ! Vous m’aviez traité de collabo la dernière fois mais c’est sûrement parce que moi, grand naïf, je refusais de voir la guerre civile qui couvait. Vous m’aviez prévenu, il fallait lire la « tribune des généraux » ! Tout était dedans, l’ensauvagement et le séparatisme communautaire des banlieues alimenté par la terrible submersion migratoire qui ne pouvaient que mener à la guerre civile, l’Islam qui ne veut rien d’autre que de ne pas s’intégrer, ou plutôt devrais-je dire, s’assimiler à la République, la belle la superbe. Rien que des gens qui ne veulent qu’une chose, c’est de ne pas faire comme nous. Ils pourraient rentrer dans les cases, en voilà des façons !

Voilà, ça avait commencé comme ça. Ceux qui dénonçaient les déjections fascistoïdes, les racistes masqués, refoulés, c’étaient eux les fascistes, les racistes. Le problème était l’impérialisme WOKE, c’était dit à la télé, et non pas bien sûr la crise économique qui grandissait. L’on devenait tous un peu plus pauvre, à petit feu. Et personne bronchait. Le problème était culturel, que dis-je, civilisationnel ! Le problème c’était l’Islam, c’était l’immigration, c’était la délinquance, c’était les banlieues. Le problème ce n’était pas les millions de pauvres et les riches qui s’empiffraient. La liste était longue !… Et maintenant, pour quel président ? Quelle présidente ? Regardez-vous dans votre bunker à bouffer vos raviolis à la petite cuiller, à froid. Parce que déjà vous n’avez plus de gaz. L’air toujours effaré, apeuré même. Hagard, livide, vous êtes déjà mort et, dans un éclair de lucidité, vous vous dites qu’au pays de l’inversion, les cons sont rois… Et dire que vous nous accusiez de ne vouloir rien voir !?…


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Ahou est un magazine issu du mouvement des Gilets Jaunes de Brest et alentours (mais pas que…) ainsi qu’un collectif d’auteurs, artivistes, dessinateurs et graphistes.
AHOU, OU LE GRAPHISME À GRAND COUPS DE TRUELLE !
Nous voulons participer à notre modeste échelle à un changement d’hégémonie culturelle visant à aller vers une société plus juste et égalitaire, viable écologiquement.
Ainsi, nous pensons qu’il nous faut reprendre notre pouvoir sur le travail, sur la propriété pour plus de démocratie économique et politique.
Nous croyons aux vertus de l’autonomie pour une totale indépendance vis des syndicats et partis politiques.
Nous croyons à l’importance des mots, des images, pour construire un imaginaire commun sortant de la grande imagerie du capital qui nous borne à reproduire notre force de travail et consommer sa camelote prémâchée ! « Sans rêve et sans réalité, aux images nous sommes condamnés » disait la chanson
Salutations canines


Merci à vous qui êtes arrivés jusque là !
En espérant que l’on ne vous aura pas fait trop mal aux cheveux. N’hésitez pas à nous contacter pour quoi que ce soit et plus que jamais par ces temps difficiles, entraidons-nous, ne laissons pas les puissants dicter nos vies, soyons fiers de ce que nous sommes et avons fait pour combattre cet ordre inique. Continuons à nous organiser pour le mettre à bas !
Et plus que jamais en ce début de campagne présidentielle nauséabonde, continuons à combattre l’extrême droite !
Ahou, voilà qui est dit, portez-vous bien !

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