Ahou numérique miniature n°5 (18/03/1871) : 1) La Commune n’est pas morte ! 2) Documentation


Sommaire

  1. La Commune n’est pas morte !
  2. Documentation
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La Commune n’est pas morte !

Nous fêtons cette année les 150 ans de la Commune. Le 18 mars 1871 fût en effet le jour de la déclaration de La Commune de Paris par le Comité central de la Garde nationale. Cette expérience révolutionnaire finit dans le sang par le massacre des communards par l’armée du gouvernement d’Adolphe Thiers de la république française logé à Versailles. Ceci, avec l’aide généreuse des Prussiens occupant la France après la défaite de Napoléon III à Sedan le 2 septembre 1870. Elle se termina avec la fin de la Semaine sanglante le 28 mai 1871 et un bilan estimé du côté des insurgés entre 20.000 et 30.000 morts, 43.527 arrestations (bilan officiel du général Appert), des déportations en masse (Nouvelle Calédonie : Nouméa etc.). Paris passe alors de 2 millions d’habitants en 1870 à 1.818.710 en 1872, avec une perte d’environ 100 000 ouvriers du fait du siège, des morts de la guerre, des prisonniers, des exilés et des massacrés du printemps 1871.

Nous tenterons ici de voir ce que peut nous apprendre cet épisode révolutionnaire pour orienter nos luttes actuelles ? Nous verrons quelles comparaisons avec d’autres périodes révolutionnaires ou peut-être prérévolutionnaires comme le soulèvement des Gilets Jaunes peuvent susciter son étude ? Nous verrons quelles réalisations concrètes peuvent nous inspirer aujourd’hui mais aussi quelles sont ses limites et éventuellement ses erreurs à ne pas reproduire.


Tout d’abord, la Commune fût un exemple de démocratie directe politique. L’historien Jacques Rougerie y voit une analogie avec les Sections parisiennes de la révolution française et donc une forme d’« auto-gouvernement », de « gouvernement direct ». Plus tard, les soviets des révolutions russes de 1905, février et octobre 1917, ceux en Allemagne fin 1918 rappelleront cette tendance d’organisation des masses et l’on pourrait multiplier les exemples de ces organisations à la base courantes en périodes révolutionnaires : l’Espagne de 1936, le Front populaire voire Mai 68 etc. Pendant la Commune de 1871 se multiplièrent clubs, assemblées, une véritable vie démocratique et d’instruction politique. Karl Marx vit en elle « non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, exécutif et législatif à la fois ». La Commune imposa aussi la révocation de ses élus aux mandats impératifs et la citoyenneté aux étrangers pouvant donc être élus.

Ces exemples de pouvoirs populaires pour plus de démocratie rappellent la volonté des Gilets Jaunes de pouvoir proposer des référendums citoyens pour pouvoir contrôler et révoquer les élus, proposer des lois ou en abolir d’autres, bref, d’aller vers une démocratie plus directe plutôt que représentative avec confiscation de pouvoir. La Commune conserva toutefois un gouvernent représentatif élu (Conseil de la Commune), comme la France de 1792 (An I)-1794 eut un gouvernement révolutionnaire centralisé notamment avec les Jacobins.

Elle conservait beaucoup d’élus néo-jacobins et un esprit patriote et républicain de type « montagnard de 1793 » en plus de la volonté de mesures sociales qui furent bien octroyées :

-suppressions des retenues et amendes sur les salaires, moratoire sur les loyers (suspension de la vente des hypothèques, recul du terme du loyer), réquisition d’ateliers désertés par la bourgeoisie et remis à des associations ouvrières (le montant du salaire devant être fixé par des commissions d’arbitrage – cf. décret du 16/04/1871) et d’appartements pour les sans-logis abandonnés par les propriétaires ; instauration d’un salaire minimum suffisant et augmentation de ceux-ci dans l’enseignement, interdiction du travail de nuit dans les boulangeries et réduction de la journée de travail à 10h dans les ateliers de réparation d’armes du Louvre. Cependant, la journée de travail de 8h n’a pas été instituée…

-instruction publique gratuite, laïque et obligatoire ;

-abolition de l’armée permanente et de la bureaucratie : tous les fonctionnaires sont élus (traitement n’excédant pas 6000 francs) ;

-séparation de l’Église et de l’État.


Également comme lors du mouvement des Gilets Jaunes, les femmes furent remarquablement présentes, tant dans la vie politique que sur les barricades. Le 05/10/1789 elles avaient déjà marché sur Versailles pour ramener le roi et sa famille à Paris… En 1871 lors de la Commune, Louise Michel fut ambulancière, combattante et animait le Club de la Révolution à l’église Saint-Bernard de la Chapelle. Il y eut aussi Élisabeth Dmitrieff et Nathalie Le Mel, qui militèrent dans la commission « l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés ». Embryonnaire, la présence des femmes à des postes de décision ne doit pas être surestimée. « La commune organisa des commissions pour la création de crèches (…), d’écoles maternelles laïques, et décida d’abolir la distinction entre enfants légitimes et illégitimes », « le concubinage étant largement répandu » à l’époque, mais elle ne leur donna pas le droit de vote. (cf. Paris au front d’insurgé La Commune en images)

Sur le plan économique elle nous évoque aussi la révolution de 1848, très sociale : toujours d’après le même J. Rougerie il y avait des « assemblées souveraines où de février à juin les ouvriers avaient exercé leurs droits, eux-mêmes sans intermédiaire », soit un exemple de corporations ouvrières, un « proto-syndicalisme » nous dit-il. Entre temps la législation évolua avec, le 25/05/1864 la suppression du délit de coalition et de grève (Loi Ollivier) qui entraîna la fin de la Loi Le Chapelier. En 1868 le gouvernement toléra la création de chambres syndicales. L’auteur vit dans la Commune quelques mesures socialistes minimes, en germe mais elle n’a duré que 72 jours et n’eut donc pas le temps de les déployer… Il parle de « syndicalisation des moyens de production », notamment du fait de la réquisition des fabriques (décret du 16/04/1871) .

Comme lors d’autres révolutions déjà citées (française, russes etc.), la Commune se situe dans un contexte de guerre. Le gouvernement dit de défense nationale n’organisa pas efficacement la défense de la république proclamée juste après la défaite, le 4 septembre par Léon Gambetta à l’hôtel de ville de Paris : il fût peu enclin à l’offensive… Le peuple, lui, voulut continuer la guerre. Il y avait un gouffre qui le séparait de ses « élites » qui avaient abdiqué et négociaient en sous main avec Bismarck, le chancelier prussien dont les troupes assiégeaient Paris. Les plus pauvres surtout, souffrirent de restrictions matérielles, de la faim… L’élément de défense de la Patrie, national est donc fortement présent comme dans d’autres situations révolutionnaires de l’histoire, combiné à des conditions de vie, matérielles, très difficiles… La guerre, la misère et la faim restent des ferments des révolutions comme pour la Révolution française, celle 1848, ainsi que les révolutions russes au 20ème siècle. Qu’en sera t-il demain ?…


Erreurs et difficultés :

Karl Marx pointe les erreurs suivantes : « Il eût fallu marcher aussitôt sur Versailles après que Vinoy d’abord, et ensuite les éléments réactionnaires de la garde nationale parisienne eurent laissé le champ libre. » ; « le Comité central se démit trop tôt de ses fonctions pour faire place à la Commune. ». D’où une perte de temps dans l’organisation de l’élection de la Commune.

Il évoque aussi un manque de fortification militaire dans le Nord de Montmartre et du côté prussien ainsi que l’erreur de la Commune de ne pas avoir appliqué son décret du 7 avril 1871 ordonnant des représailles et de n’avoir pas ainsi exécuter des otages. Le gouvernement de Versailles, voyant la menace vaine ne se gêna pas, lui, pour exécuter en masse ses prisonniers.

Quant au Comité de salut public centralisateur afin de mener la guerre comme pendant la Révolution française, il ne fût semble t-il qu’instauré trop tard, le 01/05/1871. De plus, la Commune marqua quelques errements du fait d’une trop grande autonomie des bataillons parisiens et du manque de coordination militaire. Ainsi l’exemple d’un bataillon qui lors de la percée versaillaise se replia pour défendre son propre quartier et ainsi créa un brèche dans laquelle l’ennemi de manqua pas de s’engouffrer. L’autonomie est certes nécessaire, ne serait-ce que pour des raisons d’utilité pratiques, de pouvoir réellement appliquer des décisions, s’organiser, en se connaissant les uns les autres. Mais elle peut aussi être contre-productive si la coordination permettant l’articulation des différents groupes est défaillante.

Partant d’un manquement militaire, nous extrapolons-là sur l’analogie possible avec les luttes et l’organisation politique en général. Disons que pour gagner une guerre, une lutte, un minimum de centralisation est nécessaire afin de « tirer tous dans le même sens », en coordination et non en se jetant contre un mur les uns après les autres. Toute ressemblance avec la situation actuelle et sa multiplication de luttes séparées sans grand liant n’est pas du tout fortuite !…

La Commune laissa intact et même protégea le trésor de la banque de France… La bourgeoisie fût finalement assez épargnée.

Elle fût isolée du reste de la France même s’il y eut quelques communes en provinces (Lyon, le Creusot, Narbonne, Toulouse, Marseille etc.). L’alliance de classes populaires, entre les prolétaires et les paysans pauvres ne se fît pas pour permettre ainsi une transformation socialiste beaucoup plus conséquente… Là aussi, la coordination et disons une solide organisation révolutionnaire manquait en amont afin de pouvoir soulever tout le territoire national.

En somme, il aurait fallu pour elle selon Marx :« briser la machine bureaucratique et militaire de l’État et le pouvoir de la bourgeoisie ».

Comme il ne faut pas voir dans la Commune uniquement une tentative de révolution sociale visant à bouleverser le mode de production capitaliste, les rapports de production, d’exploitation et l’expression de demandes uniquement matérielles, sa composition sociale n’est pas uniquement prolétarienne, ouvrière. Elle correspond à un « capitalisme commercial » avec son lot de sous-traitants, petits patrons, salariés, tantôt concentrés ou à domicile. De grandes usines se sont certes développées sur le pourtour de Paris qui est plus ouvrière que lors de la révolution de 1848. Autrement dit, comme toujours dans l’histoire, les situations matérielles donc sociales sont variées, ce qui complique la possibilité d’unité idéologique et d’action voire amène quelques intérêts divergents. Toutefois, à l’heure où l’idée d’une nécessité d’une plus forte représentation sociale de nos élus fait son chemin, il est notable que le tiers du conseil de la Commune ait été des ouvriers : 25 (cf. Paris au front d’insurgé La Commune en images). Beaucoup d’étrangers combattirent pour elle (J. Dabrowski) et furent même de ses élus politiques comme par exemple Léo Frankel (membre de l’Association Internationale des Travailleurs) à la Commission du travail et de l’échange, puis des finances.

Ainsi, encore une fois la lutte des classes est bien contre des gros capitalistes et leurs fondés de pouvoir d’État. L’alliance stratégique de classes est toujours nécessaire et l’histoire comporte souvent dans ses acteurs révolutionnaires des petits propriétaires ainsi que ce que l’on pourrait appeler une petite bourgeoisie culturelle : qu’on le veuille ou non, cette dernière prend souvent la tête des révolutions.

Ainsi par exemple du gouvernement révolutionnaire des Jacobins de 1793-1794 et sa ramification de clubs jacobins sur le territoire. Ainsi des bolcheviques en octobre 1917. Et tout le 19ème siècle en France fût parcouru d’insurrections menées par des chefs révolutionnaires comme Auguste Blanqui… Bref, c’est un invariant historique. Il en fût de même pendant la Commune avec les militants politiques présents au Conseil de la Commun : les néo-jacobins qui rejouent la Grande révolution), les blanquistes adeptes du coup d’arme, détachés des masses, souvent confus mais pleins d’entrain et qui prônent l’insurrection pour conduire à une dictature révolutionnaire pour l’installation d’une « nouvelle autorité constitutionnelle » ; ceux, minoritaires, de l’AIT (1864-1876) comprenant encore « anti-autoritaires » proudhonistes et bakouninistes (fédéralistes) mêlés aux dits « autoritaires » Marx/Engels et leurs partisans, pas ou peu encore qualifiés de marxistes… Soit, beaucoup de divisions, d’autant plus que les néo-jacobins étaient peu enclins aux mesures les plus sociales voire socialistes.

Toutefois, elles furent tues lors de la semaine sanglante et tous s’unirent sur les barricades pour défendre la Commune, ses avancées sociales, un idéal de ce que pouvait être une république sociale, ainsi que la Patrie, c’est à dire les leurs, face aux Versaillais alimentés par Bismarck en prisonniers de guerre français afin d’exterminer les rouges et anéantir toute velléité de pouvoir ouvrier à Paris, en France comme en Europe, voire dans le monde !…

Ils auraient eu trop peur que l’exemple de ces parisiens « qui montent à l’assaut du ciel », selon les mots de Marx, propagent de par le monde le renversement non cette fois de l’aristocratie comme lors de la Grande révolution (française), mais de la bourgeoisie désormais largement industrielle et pleinement aux affaires tant économiques que politiques.

Encore une fois, toute ressemblance avec l’époque actuelle n’est vraiment pas fortuite.

Vive la Commune !



Nous avons essayé ici d’aller à l’essentiel sans rentrer dans le détail, notamment du contexte historique, économique et social afin de ne pas allonger excessivement ce texte. Voici donc quelques livres dont nous nous sommes servis pour l’écriture de cet article et que nous vous conseillons vivement si vous souhaitez approfondir le sujet :


-La Commune de 1871 Colloque de Paris (mai 1871) – Les Éditions ouvrières (J. Rougerie et autres)

Paris au front d’insurgé La Commune en images

La guerre civile en France de Karl Marx

L’État et la révolution de Lénine

Marx Engels Lénine Sur la Commune de Paris – Les Éditions du progrès

La Commune n’est pas morte !

(émission de L’École Volante sur Radio Pikez)
Tous les documents ayant servi à préparer l’émission
et l’article ci-dessus

Voir aussi :

La commune de Louise Michel (mémoires)

L’Insurgé de Jules Vallès (roman)

Le Cri du peuple de Jacques Tardi (BD)

La commune de Peter Watkins – 1ère partie (film de fiction/documentaire)

La commune de Peter Watkins – 2ère partie (film de fiction/documentaire)

-Henri Guillemin (conférence)

macommunedeparis.com (site)

commune1871-rougerie.fr (site)

Autour de la Commune 1846-1888 – Marc Ogeret (chansons)


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