« La Primaire populaire » ou les ravages de la petite bourgeoisie CPIS en politique : calcul, niaiserie ou naïveté ?


La Primaire populaire affiche ses soutiens. On y retrouve l’émouvante Juliette Binoche. Cette dernière est une habituée des appels vibrants dans Le Monde pour sauver la planète sans jamais que le responsable du malheur ne soit nommé : le capitalisme écocide. Avec cette brave primaire populaire c’est le même principe. On appelle à se rassembler des gens n’ayant absolument rien à faire ensemble, de Anasse Kazib à Anne Hidalgo. Car oui, le Parti Socialiste de la maire de Paris est bien la cause de nos malheurs. François Hollande dont l’ennemi était la finance et sa politique (« lui président »), achevèrent de discréditer totalement le mot « gauche ». Certes il y eut Le Mariage pour tous, nécessaire mais pas suffisant et surtout bien plus facile à faire passer que des lois en faveur des travailleurs car ne dérangeant aucunement des intérêts économiques puissants. À contrario, c’est rapidement pour le capital que la politique des gouvernements Hollande œuvra avec sa fameuse politique de l’offre : Loi Travail (dérégulations du droit du travail), le CICE, soit ces baisses de charges aux entreprises sans obligation d’embaucher. Ce qui enrichit plus encore de grandes entreprises aux profits exorbitants mais ne résorba pas le chômage. Mais aussi : lois d’exceptions antiterroristes (proposition de déchéance de nationalité) et des expulsions d’immigrés. Et depuis les socialistes ne renièrent rien ou presque de ce triste bilan. Hamon, sur une ligne certes différente avec son « Revenu universel » à la Présidentielle de 2017, ayant gagné la Primaire du PS fût lâché par son parti et par l’ancien premier ministre de Hollande, Manuel Vals, qui s’était pourtant engagé à le soutenir. Le brave Benoît n’eut pas le panache d’aller voir ailleurs ou de se retirer pour ne pas enfanter le duel Le Pen/Macron… Sans compter que ce dernier est le fils indigne du PS et de Hollande…


Mais si l’on remonte plus loin dans le temps et la forfaiture
il y a le fameux « tournant de la rigueur » de 1983 sous le 1er septennat de François Mitterrand : la financiarisation et l’ouverture à la mondialisation qui s’en suivirent par la dérégulation de l’économie (libre circulation des capitaux et des marchandises). Les travailleurs français furent soumis à la concurrence avec des pays à salaires, cotisations, protections salariales et environnementales faibles. D’où de multiples délocalisations et la désindustrialisation accélérée de la France, la casse de bastions ouvriers, leur baisse de puissance dans la lutte des classes. Puis vint le traité de Maastricht en 1992, l’euro et les traités européens limitant les déficits budgétaires et l’endettement des États (début des années 2010). Sous les socialistes au pouvoir ce fût l’émiettement du monde du travail, des contrats de travail dégradés, un chômage de masse. Mais aussi des privatisations, particulièrement sous le gouvernement Jospin (1997-2002). Sur ce désastre économique et social, d’abandon de la classe ouvrière par le PS, d’érosion du PCF sur fond d’effondrement du dit « socialisme réel » (URSS etc.), pouvait prospérer le Front National et ses idées nauséabondes. Alors s’il fallait trouver quelques responsables à la fascisation actuelle !… Celle-là-même honnie par des Hidalgo ou Taubira s’indignant à bon compte. L’histoire de la social-démocratie est pleine de ce genre de trahisons. Il suffit de voir l’écrasement sanguinaire de la révolution allemande de 1918-1919 par les sociaux-démocrates (Ebert et Noske).


Alors il nous paraît indécent de remettre en selle le PS d’Hidalgo comme si de rien n’était.
Comme si ses petits copains n’avaient pas fait une politique largement en faveur de la bourgeoisie, des grands patrons, du capital financier  ! De faire comme si tout se valait, allez zou, tous sur la ligne de départ et que le meilleur gagne ! À la fin on fera un programme sur un coin de table et soyez en sûrs, ça sera : « il faut que tout change pour que rien ne change ». Une grande soupe… pas vraiment populaire ! On change un peu le décor, quelques personnages, mais Hidalgo, le PS et même Jadot, risquent de tirer tout vers le bas, c’est à dire de faire une politique qui ne remettre pas fondamentalement en cause le capitalisme écocide générateur d’inégalités de plus en plus flagrantes, mais juste l’aménager à la marge, quelque pansements, quelques rustines. Soit cette même politique d’abord présentée comme social-démocrate, mais franchement social-libérale. Voire carrément de droite, avec un parti comme le PS capable de « produire » des opportunistes comme Manuel Valls, comme des élites mondiales des institutions du capitalisme ultra (financiarisé) en la personne d’un Dominique Strauss-Kahn par exemple, un temps directeur général du FMI.

Comment aussi faire confiance à Jadot, d’EELV, qui s’était dit favorable « à la libre entreprise et l’économie de marché » voulant rassurer le patronat. Il est de l’écologie pragmatique, raisonnable ! Comprendre : celle qui caresse le capital dans le sens du poil. Pas un mot sur la décroissance chez lui non plus, ça effraierait les « milieux économiques » ! Celui-ci déclara il y a peu : « Évidemment Anne Hidalgo pourrait être Première ministre » et ajoute « vouloir travailler avec tous les socialistes et les progressistes ». Les mots sont suffisamment larges et flous pour englober à peu près tout et n’importe quoi. N’oublions pas aussi que, comme Fabien Roussel du PCF, il se rendit à la fameuse manifestation organisée par des syndicats policiers d’extrême droite histoire d’étoffer sa stature recherchée d’homme prêt à gouverner, qui n’est évidemment pas contre la police, pas sectaire pour un sou quoi ! Ça promet !…

Alors vint cette bonne vieille Christiane Taubira, qui en fait des caisses dans l’émotion et la grandiloquence, s’indigne sur commande mais ne propose rien de concret. Elle débarque après s’être abstenue de toute critique lors du quinquennat Macron. Elle défendit dans son programme de 2002 lorsqu’elle se présenta à l’élection présidentielle : une « Union Européenne aux prérogatives fortes, fédérales », « un régime présidentiel fort en France », « la suppression progressive des cotisations sociales dans le financement de l’assurance maladie », « la baisse de l’imposition des plus riches », « la retraite par capitalisation pour les revenus aisés » et ne se désolidarisa pas des mesures antisociales quand elle était ministre de la justice sous le quinquennat Hollande.

En résumer, toutes ces manœuvres semblent destinées à nous refourguer de vagues proposition sociales et écologiques qui iraient très bien à des gens du PS comme Hidalgo, soit quelques aménagements à la marge du mode production et d’échange, de consommation qu’est le capitalisme ; ainsi que la perpétuation des institutions politiques défaillantes de la 5ème république. Qu’en sera t-il des traités européens (sur le budget, la dette) qui conditionnent le cadre des possibles en matière économique et sociale ? Du nucléaire ? D’un changement de constitution ? De république ? De nationalisations ? Toutes ces questions restées dans le flou ne peuvent que servir à essayer de légitimer une resucée de la social-démocratie vaguement repeinte en verte, à continuer pleinement dans l’économie de marché voire l’arnaque de la « croissance verte ». Le cadre économique et politique qui nous a mis dans le mur actuel n’est pas remis en cause. Les candidats à la Primaire populaire ne s’engagent qu’à des mesures suffisamment floues pour être ensuite déformées, amoindries, non-tenues. Nous parlions de niaiserie dans le titre de cet article, peut-être s’agit-il de naïveté ? Quoi qu’il en soit, le résultat est le même : néfaste pour la politique au sens noble en faisant croire aux gens que nous pourrions nous contenter de « petite cuisine », d’accords de chefs de partis ou d’appareils pour arriver à un consensus rabougri. Ceci, sans un véritable programme de rupture, travaillé, consistant.

Et quelle stratégie ? Juste l’addition de forces ayant des propositions en commun mais tout de même largement divergentes ? En politique, la fusion de partis donne généralement moins que l’addition de leurs scores électoraux précédemment séparés. Il convient donc plutôt de s’assurer l’hégémonie véritablement à gauche et ensuite les électeurs choisiront, nous l’espérons sur le fond plutôt que la forme. Car la période d’urgence écologique et sociale demande des solutions radicales, de transformations structurelles (économiques et politiques) !

Quant aux organisateurs de cette primaire : une myriade de petits bourgeois CPIS pour qui la politique semble une question de style, d’esthétique, de morale. Ils peuvent ainsi s’emballer sur les discours indignés, pleins d’emphase d’une Taubira. Vanter cette femme de lettres, providentielle face au péril fascisant ! Et bla et bla et bla, que de beaux discours mais quels actes posés ? Ils psychologisent à l’envie la politique et n’y voient qu’une bataille d’Égos, comme s’il s’agissait là du reflet de leur propre condition sociale : hautement diplômés, à fort capital culturel voire social, ils ont l’habitude des batailles de places dans leur champ social… Exerçant des professions moins manuelles et harassantes physiquement, relativement à l’aise financièrement, ils ne vivent pas la politique dans leurs corps comme la majorité d’entre nous. Ils sont donc plus disposés à gommer les ravages du néolibéralisme et de son introducteur politique en France : le PS d’Anne Hidalgo, qui ont aujourd’hui la tête sous l’eau. Il conviendrait de les y maintenir tout à fait. Et que Taubira n’émerge pas des flots pour nous vendre à peu près la même soupe. Nous ne pardonnerons pas. Plus. Plus jamais ça.


PS : Ah pardon nous avons oublié de parler de lui !


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Sur Taubira :
Ou préférez ce résumer vidéo acerbe de Nicolas Framont, co-rédacteur de Frustration Magazine et chroniqueur pour Le Média TV :
Inquiétant :

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