AHOU numérique n°4 (08/05/2020)

Ahou : Un cri de résistance

 


Déconfinement


Déconfinement, pour quoi faire ?

Où allons-nous ? Le « monde d’après », expression largement usitée sonne déjà comme une bonne blague.

 

Trop d’« élites » compromises ont utilisé l’expression. On flaire l’arnaque. Le fameux « Il faut que tout change pour que rien ne change » dans Le Guépard de Di Lampedusa (citation mal traduite paraît-il mais l’idée est là). Du côté de Bruno Le Maire, de Geoffroy Roux de Bézieux (quel joli nom!) le patron du MEDEF, l’on sent que l’idée de retour à la normale qu’ils avancent sert à tâter un peu l’opinion. Ils avancent déjà leurs pions. La dette à rembourser, il faudra travailler plus, faire des sacrifices !.. Nous serons alors bien entendus tous unis autour de la Nation ! D’aucun disait que l’expression macroniste « ni de droite ni de gauche » était une caractéristique du fascisme ; le « et de gauche et de droite » d’un Michel Onfray qui lance sa revue Front Populaire semble prendre la même pente. Il veut allier souverainistes de droite et de gauche. Un obscur nationaliste québécois, Mathieu Bock-Côté, est dans son équipe, une rance Barbara Lefebvre, qui avait participé à l’écriture de Les territoires perdus de la république également. On y retrouve aussi l’inénarrable Docteur Raoult, Jacques Sapir et Jacline Mouraud etc. Cet attelage fait rêver, wouf, pardon, ahou !

François Boulot, Gilet Jaune très médiatisé, porte-parole des Gilets Jaunes de Rouen, vantait souvent De Gaulle, vu comme étant le seul à s’être bien sorti dans les habits de Président de de la 5ème République tellement il est balaise ! Il faut dire que s’était lui qui se l’était taillé… à ses épaules de géant bien sûr ! Pourtant la Sécurité Sociale fut attaquée sous sa présidence avec en 1967 les ordonnances Jeanneney qui imposèrent le paritarisme. « Auparavant, les syndicats élisaient deux fois plus de représentants que le patronat dans les caisses primaires ; chacun en désignera désormais un nombre égal. ». On entend régulièrement aussi que, des avancées sociales issues du Conseil National de la Résistance comme la Sécu seraient l’œuvre d’une Unité Nationale. C’est oublier que des membres de droite du CNR n’avaient pas trop le choix car le rapport de force était contre eux, face à des communistes en armes qui furent très nombreux dans les rangs de la résistance, une CGT et un Parti Communiste Français puissants. Une fois au pouvoir ils n’appliquèrent pas leurs bonnes résolutions et ce sont surtout sous l’office de ministres communistes que de grandes avancées sociales comme la Sécu furent obtenues, non sans « combat », comme toujours. Tout ça pour dire que ce n’est pas une fumeuse et éthérée Unité (ou Union) Nationale qui a accouché de ces avancées parce que des Français de tous bords politiques seraient devenus subitement tous copains, mais bien parce qu’un bord politique a su profiter du rapport de force qui lui était favorable à un moment précis de l’histoire qu’il ne fallait pas laisser passer, et aussi imposer à ceux qui n’en menaient pas large des changements d’envergure des structures économiques et sociales comme par exemple par des nationalisations.

Nous sommes à ce genre de point à ne pas laisser passer. Au moindre relâchement ils nous refileront leur « monde d’avant ». Ce brave Nicolas Hulot passait le 6 mai 2020 sur France Inter pour nous refourguer un pompeux discours écolo-humaniste. L’homme semble masochiste, pas parce qu’il était à l’image tout de cuir vêtu mais bien parce qu’il en redemande, de bosser avec ses anciens collègues de taf, la clique macronienne. Il appelle au «tous ensemble », sans conflits, sans violence etc. Il appelle finalement à une sorte de dépolitisation des enjeux. Non, l’humanité ne sera pas toute dans le même bateau et oui, il y a des classe sociales, des rapports de domination entre elles, il y a des ultra-riches, des hauts fonctionnaires et des politiques qui les servent dans l’appareil d’État.

Et si nous voulons construire quelque chose de radicalement nouveau ce ne sera certainement pas avec ceux qui ont tout détruit, ceux qui participaient activement à la casse néo-libérale ou s’en accommodaient fort bien. Toute révolution implique un changement des « élites » !

Allons vers plus de socialisation de la valeur produite par le travail comme avec cette proposition de sécurité sociale alimentaire ou de salaire à vie, partons du réel, de ce qui est déjà là pour l’améliorer ou l’étendre à d’autres domaines. Beaucoup de ces avancées impliquent la prise électorale de l’appareil d’État, nous renvoyant donc en 2022… Des mouvements sociaux probablement viendront, car des gens demanderont des comptes, que les coupables de la gestion calamiteuse par Macron, sa garde proche et son gouvernement soient jugés. D’autres auront faim. Le chômage a déjà augmenté massivement et ce n’est pas fini… D’ici là d’autres catastrophes peuvent advenir. Nous pouvons aussi continuer à favoriser nos propres organisations civiles, associations, auto-organisations etc., soit des « à côté » du capitalisme qui risquent de ne pas être suffisants : voir plus bas l’article Archipel.

Quoi qu’il en soit, c’est tout un prisme de pensée à renverser que celui du néolibéralisme : la dette et l’austérité, ses longues chaînes de production mondiales etc. Nous avons une hégémonie culturelle à gagner en partant du sens commun, de la vie quotidienne. Propager nos idées, mettre en évidence l’obsolescence des leurs comme la course à la croissance incompatible avec une baisse des émissions carbone et donc un changement climatique contrôlé ou l’austérité qui appauvrit et ne peut donc pas permettre une vie décente pour la grande majorité d’entre-nous.

En espérant à notre échelle, très modestement, y contribuer, Ahou c’est pas gagné mais ça vaut le coup d’être tenté !


Pour aller plus loin :

Covid-19 : 10 mesures d’urgence pour le jour d’après


Retrouvons nos services publics Inspirons-nous du CNR


1 Confinement 2025


Coronacasse du travail


L’avenir en bière

 

« toi bourrée sur le lit, moi jouant au miracle,

des bouchons de bouteilles de vin et des cendriers

remplis.

C’est comme si tout le monde était mort, tout le

monde est

mort avec la tête sur les épaules,

à nous de surmonter la gesticulation du

néant. »

 

« l’enfer ne s’arrête jamais il se met en pause.

ceci est une pause.

profitez-en pendant qu’il en est encore temps. »

 

Charles Bukowski in.Tempête pour les morts et les vivants


Confinement : lecture de Bukowski, toujours très bien. Pour aller sur la question sociale, à la lecture de Bukowski en général, l’on peut se faire la réflexion suivante sur le système américain (économique/social) : Bukowski est souvent dans des chambres miteuses, louées à la semaine, qu’il peut quitter sur un coup de tête, souvent parce qu’il a des loyers en retard, qui se payent de la main à la main… Cela nous renvoie au fait que tout le système est “flexibilisé”, au “juste à temps” à la petite semaine. Et quand il a plus de thunes il se dit qu’il va aller bosser, sûrement pouvoir relativement facilement occuper un emploi minable, peu payé, à la semaine là aussi. En un mot, tout leur système semble basé sur la précarité, le risque, rien n’est certain, tout est provisoire, l’on peut vous jeter du jour au lendemain.

 

Cela saute particulièrement aux yeux dès qu’il y a une crise financière et/ou économique : en 2007/2008, des maisons provisoires… en 2020, au 8 mai, un taux de chômage qui s’envole à un niveau historique de 14,7 %. Rien ne leur est garanti, ou alors pas longtemps : un chèque de 1200 dollars envoyé à des dizaines de millions d’américains (sous conditions de ressources…) qui ne sera suffisant que pour quelques semaines. Le Président tenait à le signer de son nom. Le chèque était là aussi basé sur le « juste à temps » : assurer la survie et surtout la consommation des américains le temps que la vague de la pandémie passe, pour que la production (la sacro-sainte croissance) ne s’effondre pas. Et après tout devra redevenir comme avant, la grande Machinerie un temps quelque peu à l’arrêt (une baisse de l’activitée économique estimée par exemple à 36 % du PIB pour la France… ) devra repartir de plus belle. Pas de décroissance mais une relance qui risque de ne pas être vraiment fléchée vers des objectifs écologistes : le bio, des industries moins polluantes etc. La même chose semble envisagée en Chine, en France , en Europe. Oh bien sûr il y a des effets d’annonce. Qui y croit encore ? Quelques gogos croient encore à la véracité de la parole gouvernementale, lui donnant encore de l’importance de par sa solennité. Et puis eux après tout, ils doivent savoir, ce sont les élites ! Il est pourtant à craindre que ces élites là soient enfermées dans un cadre de pensée trop étroit : le marché, le néolibéralisme, l’euro etc. La réalité de la situation leur fera peut-être changer un peu leurs politiques et de nécessité faire vertu. On nationalisera Air France par exemple si il faut. L’État est toujours là pour essuyer les pertes. Le capitalisme c’est un peu comme une grande cour de récré, spéculez, amusez-vous bien, cherchez un profit personnel, celui de votre boîte, mais sans jamais vous soucier de l’intérêt général, d’éviter une crise d’ensemble macro-économique, pour le bien de tous. Non, ce sont des enfants teigneux, capricieux voulant satisfaire le moindre de leurs désirs, et tant pis s’il faut marcher sur la gueule du morveux d’à côté – la morve, les gestes barrière les enfants ! Si la récré tourne mal, si tout s’effondre, le maître d’école, l’État, est là tout de même pour rattraper le coup. Il s’arrange avec les flics : « Bon mon fils a un peu dérapé mais au fond c’est un bon bougre… », « Ça va pour cette fois mais qu’on ne l’y reprenne plus. » Ce flic a la mémoire courte, il avait déjà dit ça lors de la dernière crise, alors combien de chances ces vilains garnements auront-ils ?

Une infinité il faut croire. Ce n’est plus un secret que les médias appartiennent à une poignée de capitalistes. Pour la France c’est 9 milliardaires qui détiennent 90 % des médias. Autant dire qu’une idéologie circule : à la fois pro-marché et fermant largement les yeux sur les exactions de la milice du capital. Le mouvement des Gilets Jaunes avait mis particulièrement en évidence cette propagande, cette morgue de classe, cette domination, cette occultation des violences policières. Et dans cette information-spectacle, surtout celle des chaînes d’info en continu, la contextualisation des choses est souvent peu présente. Le dépouillement systématique de l’hôpital public français a été peu explicité dans ces grands médias : baisse du nombre de lits, tarification à l’acte, baisse du budget pour l’hôpital etc. A tel point que le SNJ France Télévisions a publié un communiqué dénonçant notamment le « discours unique et formaté, relayant la communication gouvernementale » du 20h de France 2 , ceci sans contextualisation comme celle avancée plus haut. Un média d’État certes, mais quand on voit à quel point celui-ci marche main de la main avec le capital : il suffit de voir les conflits d’intérêts, les innombrables allers-retours public/privé des «  politiques » comme des hauts fonctionnaires. Soit des gens qui dans l’appareil d’État étaient sensés réguler tel ou tel secteur passer dans une entreprise qu’ils surveillaient il y a peu, assurant qu’il savent compartimenter, ne pas faire usage des infos et carnets d’adresses acquis dans leurs anciennes fonctions dans l’administration, les ministères etc. Et de les voir aussi retourner dans le public après le privé, c’est ce que l’on appelle un rétro-pantouflage. Lire à ce sujet Les Voraces et La Caste.

C’est un peu ce qui se produit à chaque crise : on demande à ce genre de personnages les solutions au désastre économique. C’était pourtant eux qui avaient assuré la dérégulation du système. L’exemple typique est celui de Jacques Attali. Il a prodigué ses conseils aux gouvernements de gauche comme de droite depuis les années 80 et participé par là-même à la transformation du Parti Socialiste en un parti « social-libéral », évinçant ses références au socialisme, à la classe ouvrière, à la lutte des classes, lui préférant l’Union Européenne, le marché commun, Maastricht, l’euro, la dérégulation financière, en un mot : le marché. J’avais espéré que cette fois l’on ne lui demanderait pas son avis. Ça m’aurait aidé à conserver ma santé mentale. Et ben non : BFM TV, un soir, qui invite t-on pour proposer des solutions à la crise ? Ce bon vieux Jacques Attali bien sûr, toujours là, visage méprisant, j’en avais presque mal pour cette pauvre journaliste. Il voulait donc revenir à plus d’État, lui qui avait aidé il y a peu à sa dérégulation, mais pas besoin de lui en parler de ça, le passé c’est pour les ringards hein. Il parlait de planification, lui qui avait dû toujours agiter l’épouvantail de la soviétisation de l’économie si trop de réformes véritablement sociales étaient avancées, voire sa coréedunordisation quel joli mot (voir la fin de cette vidéo)…

L’État donc, pour sauver les meubles : production de masques, de blouses, de tests etc. là il en voulait bien, même des réquisitions d’entreprises, pour parer au plus urgent, sauver le système finalement. Bien conscient que les pandémies (voir le changement climatique) nous amèneraient à l’avenir d’autres confinements, il anticipait sur la généralisation souhaitable de la numérisation de l’économie. Travail à distance (télé-travail), plates-formes pour les restaurants, bars, se faire livrer tout et n’importe quoi. L’homme devait s’adapter, innover !

En somme, il ne sortait pas de son carcan libéral, de croissance avec l’innovation (cette fameuse destruction créatrice schumpétérienne) au centre de celle-ci comme moteur. Ici la lutte des classes n’est plus le moteur de l’histoire, c’est l’innovation car, du capitalisme. Autant vous dire que ce genre de paradigme arrive rapidement aussi pour solutionner la question du changement climatique !.. Et c’est vrai que le système capitaliste, « darwinement », a une robuste force d’adaptation. Il survécut à la crise de 29, aux deux guerres mondiales, à la révolution d’Octobre et à la guerre froide, détruisit son ennemi soviétique etc. Je m’étais promis de ne plus écouter Attali mais le hasard – peut-on parler ici de hasard- m’a mis sur son chemin, alors que je zappais nonchalamment.

 

Covid-19 Les pauvres trinqueront

 

L’homme est intéressant pour se dire tout ce qu’il ne faut pas faire et par là dans quel sens nous souhaiterions aller :

 

-Arrêter cette économie de service à tous crins. Pourquoi faudrait-il que nous soyons en permanence et sur un claquement de doigts servis, comme par ces travailleurs pour Uber et Amazon qui risquaient leur vie pour cela pendant la pandémie.

-Lui souhaitait un retour de l’activité touristique en France : à quoi ça sert ? Cette crise doit être l’occasion de remettre en question tous ces « bullshitjobs » selon l’expression de David Grabber qui s’appuie sur un sondage de Yougov publié en 2015 dans lequel 37% des 849 actifs britanniques interrogés estiment que leur travail est socialement inutile. Retrouver la valeur d’usage des marchandises (à quoi ça sert) et non rester sur les valeurs d’échange. Ce qui pourrait nous amener à souhaiter que le travail aille aux besoins essentiels comme l’alimentation : plus de travailleurs dans l’agriculture bio ou raisonnable, dans la permaculture. Services de jardinage municipaux réorientés à la transformation des moindres lopins de terre cultivable sur la commune à une production maraîchère, agricole… Des sommes d’argent pour l’achat de cette production auprès d’agriculteurs conventionnés pourraient être distribués à la population comme le préconise par exemple Bernard Friot et le Réseau Salariat.

-De même les services publics indispensables doivent être renforcés et leur efficience réalisée grâce aux remontées du terrain, des travailleurs. En leur laissant une large autonomie ce qui amènerait une non-uniformisation, souhaitable tant qu’elle n’est pas socialement inégalitaire.

-Quant à la technologie elle devrait servir à l’entraide, au partage, à la mutualisation des ressources (exemple : Université du Québec à Chicoutimi et ses milliers de livres numérisés en libre accès, ou nos affiches ici présentes que vous pouvez coller partout, ahou !).

-La relocalisation de la production est souhaitable, même Attali le veut, enfin pour quelques filières, ainsi qu’une dette à perpétuité qui s’éroderait, même lui la souhaite. En un mot ça ne sera pas au contribuable de payer la dette. Il ne faudra pas repartir à l’austérité.

 

Mais l’exemple d’Attali doit surtout nous inciter à être vigilants à ne pas confier les clefs du camion à ceux qui en avaient coupé les freins.

 

Toute période révolutionnaire voit le remplacement des élites, par des « élites » révolutionnaires.

Ce n’est pas que nous souhaitons une avant-garde qui s’installerait au pouvoir mais ne soyons pas hypocrites, il y a toujours des éléments moteurs : un journal, une voix populaire, il en suffit parfois de peu pour être plus visible et influent. Pas non plus de sujet révolutionnaire mythifié tel que le Prolétariat et sa mission messianique historique. Non, il nous faudra partir de la réalité, s’appuyer sur nos réseaux déjà constitués, les élargir, donner envie de nous rejoindre. Pas d’entre-soi ni de sectarisme, faire de la politique c’est faire des alliances, sinon l’on n’est jamais majoritaire et c’est la dictature d’une minorité. Donc il nous faudra fédérer les divers mouvements militants allant dans le sens d’un bouleversement conséquent de l’économie et de la société, souhaitant cheminer vers un début de sortie du capitalisme. Sans grands mots tels que ce dernier nous pouvons y aller par étapes et commencer par cette reprise en main par la population des services publics, de l’économie de première nécessité ne devant pas être laissée à la rentabilité actionnariale de court terme. Tout ce changement doit aller vers plus de sobriété, de décroissance : pas uniformément, certains secteurs essentiels pouvant croître plus que d’autres selon les circonstances. Certains diront que nous risquons de nous arrêter en chemin et verser dans la social-démocratie la plus crasse. Il faudra bien-sûr être vigilant, ne pas reproduire quelques accommodements qui sans aller à la racine du mal (finalement l’extorsion de la plus-value et la propriété privée des moyens de production), nous ferait tôt ou tard être victimes de mêmes maux structurellement produits. Dans cette société en voie d’appauvrissement, plus encore avec cette pandémie, il nous faut nous allier contre les ultra-riches, les véritables responsables de notre sort, grands capitalistes et hauts fonctionnaires, gens de gouvernement. Chose peu évidente, il nous faudra surmonter quelques désaccords et ne pas « taper » sur les classes sociales juste au dessous de nous ou sur celles pas beaucoup plus riches, juste au dessous. Les révolutions furent bien souvent question d’alliances de classes contre un adversaire commun. Nous n’y échapperons pas. Surtout ne pas « taper » sur les chômeurs qui sont déjà victimes systémiques de la crise bien sûr et non responsables individuellement de leur sort. La tâche est loin d’être évidente d’autant plus que médiatiquement nous ne nous battons pas à armes égales : ils ont des moyens de production pour le coup immensément supérieurs aux nôtres (médias alternatifs financés par leurs lecteurs etc.). Quelques voix discordantes de notre camp arrivent à se faire entendre dans ces médias « mainstream ». A côté de cela continuons à multiplier nos médias alternatifs, notre présence sur le web, les réseaux sociaux, certains ayant déjà une forte audience que nous pouvons continuer à amplifier. Racontons notre propre histoire des événements, produisons notre propre analyse. Il suffit de voir les approximations, les mensonges relayés ou inventés par la presse locale quand étant présents nous pouvons rétablir la vérité des faits comme à Brest lors de l’intrusion de la police à la Bibliothèque Universitaire et du blocage du dépôt de bus lors du mouvement contre la destruction du système de retraites ! Les Gilets Jaunes comme le mouvement contre la réforme des retraites n’ont pas suffisamment mobilisé de monde. Si la crise économique s’aggrave, peut-être des personnes paupérisées qui jusque là ne se sont jamais manifestées le feront et sortiront dans la rue. Ça ne sera pas nous, militants, qui créerons cette irruption de masses. Tout au plus pourrons-nous l’accompagner et proposer idées, analyses, moyens d’actions, mettre au service de tous, les réseaux et groupes militants que nous avons déjà constitué, apporter sans prétention notre expérience. Sans formalisme excessif, comme d’autres mouvements par le passé et présents nous nous devons de former des militants (comme le fait Extinction Rebellion par exemple), s’auto-former ou se former mutuellement : partage d’idées, de livres clefs, d’argumentaires, ainsi que les détails de forme plus techniques et pratiques : informatique, bouger en manif quand ça chauffe etc. Il nous faut sans fausse pudeur recruter : être plus nombreux à réaliser différentes tâches plutôt que trop peu de personnes s’épuisant dans une multitude d’actions, de fonctions… La jonction avec les quartiers populaires (des quartiers pauvres quoi) reste à intensifier. Cette période de crise peut amener des réponses nationalistes, réactionnaires, excluantes, stigmatisantes, renfermées… A nous également de contrer ce recours trop pratique du capital qu’est le fascisme, en période de crise économique, rien de tel que de mettre la société au pas, ça a déjà commencé, les moyens de surveillance et de répression se renforcent, le droit du travail recule. Un gouvernement d’extrême droite s’accommoderait bien voire renforcerait ces deux dominations.

La propagande -dans le bon sens du terme de propager des idées- sera déterminante dans le chaos du monde, face à la dépolitisation concomitante à la désindustrialisation et la perte de puissance et d’effectifs du mouvement ouvrier (syndical, du PCF et de son réseau militant notamment etc.). Nous ne devons pas proposer un anticapitalisme général et abstrait mais bien une solution « positive », un autre système de vie économique et social, culturel en partant des réalités concrètes. C’est bien à un changement d’hégémonie culturelle qu’il faut opérer, nous le savons la tâche est rude ! Visons à la profusion sans excès de démocratisme abstrait et procédurier, exprimons-nous, n’ayons pas de complexe à argumenter nos idées, nos solutions pratiques, sans nous perdre dans l’abstraction comme vous semblera peut-être le faire cet article.

Ahou, ouf, voilà qui est dit

A Jacques Attali et Nicolas Hulot


C'est bien plus qu'un vaccin que le monde a besoin


2 Entraide et amitié 1


3 Entraide et amitié 2


Perte de la notion-même de ce qu’est “faire de la politique” ?

 

Il ne s’agit pas de satisfaire un Égo personnel mais bien au contraire, servir l’intérêt général. Une part d’Égo subsistera toujours, nous ne sommes pas désincarnés, il convient de la contenir à sa juste mesure…

 

Éviter l’entre-soi, surtout si l’on est minoritaire. Il convient au contraire d’étendre le groupe, de propager des idées, de tendre à l’hégémonie culturelle.

Faire des alliances pour gagner : ne pas se replier sur soi, sur un groupe, dans un narcissisme de la différence de groupe, ou individuel. Car pour faire majorité il convient de fédérer des gens de classes sociales différentes. Ainsi, ne pas s’arrêter à quelques éléments de psychologie personnelle, d’habitus de classe. Ne pas personnifier les relations mais plutôt tenter de déceler quelles alliances de classes, de groupes militants il conviendrait d’opérer pour gagner.

L’on n’y arrivera pas seul, c’est mathématiquement impossible par exemple si l’on prend les catégories mobilisées par les Gilets Jaunes. Il faut donc des alliances avec d’autres groupes allant dans le bon sens.

Éviter tout de même le consensus mou. Garder l’autonomie de ces groupes même s’ils peuvent plus ou moins fusionner ou certains de leurs membres être dans plusieurs collectifs.

Penser surtout à recruter afin que ce ne soit pas une minorité avec un maximum de tâches, surtout si ces personnes sont dans des groupes différents.

L’autonomie des groupes reste intéressante car permettant de parer aux risques d’ « ingouvernabilité » de groupes trop grands et limiter les écueils anti-démocratiques.

Des réunions de coordination, de manière plus centralisée donc, mais avec une autonomie décisionnelle des groupes locaux en dernier ressort.

Attention toutefois à ne pas multiplier les structures intermédiaires.

 


Les ultra-riches doivent payer

 

Archipel

 

Autonomie et archipellisation : c’est à la mode, sur les ruines d’une solution centraliste de l’organisation révolutionnaire et du socialisme (voire capitalisme) d’État en œuvre dans les pays de l’Est. Ce péril rouge largement sur-diabolisé par les Furet, Courtois et le fameux livre noir du communisme, Rosanvallon et la fondation Saint-Simon. C’était l’enterrement de la vision jacobine de la révolution française comme du bolchevisme pointé comme sa descendance…

 

Aujourd’hui, semble avoir le vent en poupe ce qui fut appelé « anarcho-autonomes », le Comité Invisible etc. De même, durant le confinement, Alain Damasio était régulièrement interviewé par la Presse, il montait déjà sur la scène médiatique juste avant cela, ayant par ailleurs sorti son livre, Les Furtifs. L’auteur nous propose l’archipellisation, une multitude de Zones Auto Gouvernées qui seraient laissées à leur développement par un État très flexible et bienveillant assurant les grands services publics stratégiques : électricité, transports, communications etc. L’autonomie semble poindre le bout de son nez, avec une solution « communautaire » « à côté » du capitalisme. C’est un peu comme si après tant de défaites et notamment celles du socialisme dit « réel », on se résignait à admettre la toute puissance du capitalisme, monstre imbattable et, face aux dérives du socialisme, l’idée d’un grand soir révolutionnaire et donc de la réutilisation pour le plus grand nombre de l’appareil d’État par une « gouvernance » révolutionnaire était désormais caduque. L’État c’est mal, il uniformise, contrôle, surveille, réprime nos libertés. Le Moi libéral « narcissique » ne peut qu’être écrasé par cette force. La caricature est ici grossière mais il en va tout de même un peu de cela. L’auteur de Science Fiction verrait ainsi un territoire jonché d’une multitude de ZAG s’interconnectant entre elles. Soit, pourquoi pas, nous n’allons pas de toute façon empêcher à la liberté d’individus voulant par affinités dans la plupart des cas, se regrouper entre eux, avec quelques « à-côté » de capitalisme comme de la production agricole domestique rappelant les jardins ouvriers ou les lopins de terre privés continuant d’être cultivés, comme complément à des salaires insuffisants lors de la révolution industrielle anglaise et le développement d’une économie de marché auto-régulé (Polanyi). Fonctionnant un peu comme un égoïsme de groupe inconscient, il est à craindre qu’à ce jeu de libres associations et de retours à la terre -n’étant pas sans rappeler ces enfants de bourgeois qui dans les années 70 prônaient le retour à la terre- il y ait des laissés-pour-comptes. Soit des classes populaires, ce qui reste de prolétariat industriel, des employés non-qualifiés, de larges couches de la population qui n’auraient pas dans leur habitus cette sobriété écologiste, décroissante et surtout d’envisager pouvoir vivre à la campagne, de plus en plus loin des villes. Cette vision du monde – même si ceux qui l’ont ne visent pas à mal – est anti-politique, « politique » à prendre dans le sens noble du terme, c’est à dire de s’occuper de l’intérêt général, soit de l’ensemble de la population, y compris les plus pauvres. Elle suppose aussi un gouvernement progressiste, voir « socialiste », là aussi dans le bon sens du terme, une haute administration mise au pas, une police, une armée, en somme, un appareil d’État qui changerait du tout au tout. Les signes récents nous semblent aller dans un sens inverse : autonomisation de l’État, de la police, augmentation de la répression (Todd) et de la surveillance, du flicage généralisé. A côté du « monstre » capital cité précédemment se trouve le « monstre » État, ou plutôt, ils s’entremêlent et c’est la même haute bourgeoisie, les mêmes énarques qui occupent les grands postes privés comme publics.

L’État au service du capital ? Rien ne semble plus vrai aujourd’hui. Mais si la tâche semble immense, il n’en reste pas moins que les leviers de l’appareil d’État pour amener de grands et rapides changements économiques, sociaux, écologiques, politiques, semblent essentiels. Une archipellisation pourrait construire plein de micro-expériences différentes les unes des autres, voire des îlots fascisants, mais risquerait de ne pas pouvoir amener une généralisation, un effet de masse, par exemple pour tous ceux qui ne se plongent pas avec ardeur dans les livres abscons du Comité Invisible qui semble préférer une vision poétique de la politique, romantique ? Là aussi encore dû à un habitus de classe ? Je vous laisse deviner lequel… Leurs solutions n’iront qu’à de bonnes âmes qui pensent bien. Par ailleurs, il ne leur semble pas venu à l’idée de vulgariser en un abrégé leur pensée éthérée ? Les masses incultes y auraient certainement beaucoup gagné.

Quant à l’État qui chapeauterait la libre association, c’est un peu comme si l’on vous disait de rester jouer dans votre coin, pendant ce temps là les adultes ont à faire. Les parents ici, ce sont de grands groupes, multinationales et un État sécuritaire. On peut imaginer de multiples alternatives sur le territoire, des ZAG, sans que ça ne gène les pouvoirs en place. Dans les villes, à leur périphérie, seraient les travailleurs corvéables, des migrants, etc. On retrouverait une division ville/campagne, avec cet exode néo-rural pour être le moins dépendant possible aux rapports de production capitalistes, de subordination et d’exploitation. Il resterait les villes à nourrir et rien ne serait changé dans le droit de propriété et la division du travail pour l’ensemble du territoire sur lequel s’exerce le pouvoir de l’État et du capital

En bref, ces solutions de petites communautés auto-gouvernées que l’on peut s’accorder à laisser bien évidemment vivre tranquilles, sentent un peu l’entre-soi, l’utopie « ici et maintenant » mais pas pour tout le monde. Il est peu probable que ce mouvement puisse atteindre de larges masses de la population. Sans compter que, qu’on n’aime l’État ou pas, ses structures restent une réalité palpable qu’il est difficile d’éviter. C’est un peu la fable du colibris, mais à l’échelle de groupes, ces ZAG. C’est à dire si chacun fait comme moi, l’addition de nos efforts individuels feront un effet significatif et bien sûr nous seront hyper-coordonnés... Une addition d’individus ici, une addition de groupes, soit l’individualisme méthodologique appliqué à la politique. La chose n’a rien d’étonnant à l’ère de consommateurs aux Mois hypertrophiés, aux désirs excités à l’envie, abhorrant trop de frustrations (Michel Clouscard). Des mentalités d’enfants gâtés, des mentalités de petits bourgeois. Mais des mentalités qui avec la baisse générale de niveau de vie pré-pandémie et son accélération par celle-ci pourraient se tourner vers une réelle lutte de classes contre l’État et le capital cette fois. Il est vrai aussi que les Gilets Jaunes ont surtout vilipendé les personnels politiques.

S’isoler en communauté, beaucoup n’y pourront pas. Il faudra aider à cette prise de conscience de classes, d’alliance de classes pour un vrai mouvement de masses et non des petits groupes disséminés dans leurs coins, relativement coupés du monde du travail, de la classe ouvrière et autres travailleurs ou chômeurs. C’est bien de l’intérieur qu’il faudra combattre et non trop « à côté ».

 

Pour aller plus loin (Damasio c’est intéressant quand même !..) :

 


Leur nature reprend ses droits


Agenda social (loin d’être exhaustif)


Si le virus avait pu être éradiqué au LBD, depuis longtemps l'affaire serait classée

 


Préhistoire

Préhistoire


Justice pour les victimes

 


Anti-corps sociaux

 

Les anti-corps sociaux nous protègent des contacts, des relations, des inconnus, des émois, des surprises, des sursauts, des envies, des désirs,

des « je fais ce qui me passe par la tête »

des « je fais ce qui te passe par la tête »

tu ne finis plus des phrases que je ne commençais pas

finis les terrasses terrassant les inhibitions

les hallucinations, le collectif, les âneries;

les mêmes confessions – cent fois


l’abandon au milieu des autres – mille fois


et pourtant, il était une fois le manque

l’absence

le confort du dedans,

l’esclave qui grandit à l’abri des regards,

l’écran puissant

plus petit il est, plus le regard est hors champ

fuyant

plus la réalité nous échappe

notre reflet aux bouts des doigts

Narcisse qui nous fait de l’œil

qui s’amuse

qu’on s’époumone

qu’on s’attache à soi,

qu’on reste des larves

sans souvenirs et sans rêve.

Mais où est la chrysalide ?

on s’enferme pour rester les mêmes

on s’enferme, on se liquéfie, et ils ne nous poussent aucunes ailes

on s’enferme, on se liquéfie,

et même pas on s’évapore

ça nous rapprocherait pourtant du soleil !

 


Souvenez-vous

Souvenez-vous


Libres d'obéir

“Ces gens-là n’ont qu’une idée, quand ils voient une fleur : la mettre en pot – un oiseau : le mettre en cage – un homme libre : en faire un valet.”

Romain Rolland (Jean-Christophe)


“Le monde d’après sera le même

Mais avec des barreaux.”

Ahou

Confiner la liberté Étouffer la vérité


Souvenez-vous encore

Souvenez-vous 2


Des liens

En libre téléchargement pour imprimer :

Covid-19(84)

 


Éducation nationale Garderie Nationale

 


Furent proposés pour Ahou les sous-titres suivants :

 

Inter luttes
Combats communs
Les combats
La nouvelle Commune
Multiplication des luttes
Rébellion générale
Rébellion commune
Combat pour tous
Résistance pour tous
Union des luttes
Convergence des luttes
Combats convergents
Luttes convergentes
Regroupement des combats
Regroupement des résistants
Regroupement des luttes
Combats sociaux
Combats anti-Macron (MAC)
Combattants fédérés
Rébellion fédérée
Latitude
Regroupement des combats
Synergie des combats
Synergie combattante
Synergie des luttes
Synergie des résistances
Coalition combattante
Coalition résistante
Cartel des combattants
Cartel des résistants
Cartel anti-Macron
Intelligence avec les amis
Intelligence avec tous les camarades
Association des luttes
Camarades enchainés
Camarades combattants
Cri de résistants
Les anti-barbares
Peuple en lutte
Peuple résistant
Résistance populaire
Les réformicides
Luttes multiples
Luttes plurielles
Combat général ouvrier
Résistants pluriels
Résistance pluriel
Réfractaires associés
Récalcitrants inséparables
Combats ouvriers
Unité résistante

 


Smartphorona Virus

 


Et on finit en musique avec « Qui Es-Tu (Aside)« , une chanson originale de Paul Arture d’après un extrait de Histoire de ta bêtise de François Bégaudeau

 

N’hésitez pas à partager ce numéro, Ahou portez-vous bien et à bientôt !

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