AHOU numérique n°2 (04/04/2020)

Libéralisme

Édito – Ahou : Un cri de résistance


BFM TV : un médecin répond à Bruce Toussaint qu’il ne veut pas polémiquer, critiquer l’action du gouvernement, qu’il préfère rester dans son domaine. En somme ce n’est qu’un expert neutre, un technicien. Lui tout ce qu’il veut c’est avancer dans l’urgence, voir ce que l’on peut concrètement faire maintenant, le temps n’est pas à la division. On verra après quoi…

L’homme semble tomber dans le piège de la dépolitisation au point de ne pouvoir se rendre compte que pour exaucer ses souhaits, soigner les patients, c’est bien de décisions politiques qu’il s’agit : faire venir suffisamment de masques, avoir suffisamment de lits, d’appareils de réanimation, que cela implique des choix, donc de gouverner : par exemple, nationaliser ou réquisitionner certaines entreprises pour produire masques, appareils respiratoires, sur-blouses etc.

Il ne se rend pas compte que se ranger derrière « l’Union nationale » et donc ne rien critiquer, pour pouvoir ancrer des propositions concrètes, rester neutre et tuer dans l’œuf tout genre d’antagonisme, c’est politique, c’est orienté. Cette fausse neutralité n’est que la légitimation à priori de tout ce que peut faire le gouvernement.

Ne rien dire du tout c’est être complice. C’est ce que veut Macron et le gouvernement, c’est la mort du politique pour fuir leurs responsabilités dans le désastre sanitaire en cours. Et sûrement espèrent-ils que ça reste sous le boisseau après crise. Mettez votre cerveau sur off, faites-nous confiance. Ainsi, peut-être souhaitent-ils que nous oublions et qu’une fois le gros de l’épidémie passée tout revienne à la normale : la grande machine économique, la mondialisation, le moins disant salarial, des services publics sous-financés voire des privatisations. Bien sûr dans le discours feignent-ils de quasiment retrouver les vertus de l’État Providence. Ce n’est que pour gagner du temps. Ce n’est que pour tenter de faire oublier leurs responsabilités et le néolibéralisme qui nous a conduit droit dans le mur en anémiant notamment nos hôpitaux.

Et ben non, nous n’oublierons pas, nous demanderons des comptes. Après crise de la pandémie à proprement dit, l’économie risque d’être elle-même en forte crise. Il nous faudra ne pas les laisser remettre en place le monde qui nous a conduit à toutes ces crises : sanitaire et écologique, économique et financière, culturelle avec des risques de destructuration sociale et de « néo-fascisme ».

Paul Jorion lui reparle de planification économique (de type non-soviétique, la France l’a elle-même pratiqué de 1945 à 1970). Ceci, afin de reprendre en main l’économie en la réorientant vers ce qui nous est nécessaire et viable écologiquement. Il parle donc d’assurer gratuitement des nécessités vitales : transport, hôpital… Bernard Friot propose une cotisation pour assurer des bons d’alimentation bio. Ils parlent aussi d’un revenu attribué à tous mais qui ne serait pas lié à l’emploi. L’idée est de ne pas laisser aux marchés nos besoins élémentaires.

Ce n’est pas gagné c’est sûr, mais utilisons ce confinement pour penser un autre monde, et être à l’affût pour changer le rapport de force en notre faveur pour ne pas laisser l’ancien, celui qui nous avait déjà conduit à la crise de 2007-2008, se remettre en place pour de nouveau nous mener à la catastrophe.

 

Ahou, voilà qui est dit.


« Les contradictions capitalistes provoqueront des explosions, des cataclysmes et des crises au cours desquels les arrêts momentanés de travail et la destruction d’une grande partie des capitaux ramèneront, par la violence, le capitalisme à un niveau d’où il pourra reprendre son cours. Les contradictions créent des explosions, des crises au cours desquelles tout travail s’arrête pour un temps tandis qu’une partie importante du capital est détruite, ramenant le capital par la force à un point où, sans se suicider, il est à même d’employer de nouveau pleinement sa capacité productive. Cependant ces catastrophes qui le régénèrent régulièrement, se répètent à une échelle toujours plus vaste, et elles finiront par provoquer son renversement violent.« 

Karl Marx – Grundrisse, Tome IV

 

Bientôt l'effondrement 2020


Coronavirus, un accélérateur de luttes de classes

D’aucuns avaient vu, comme Emmanuel Todd, les Gilets Jaunes comme un retour de lutte de classes. C’était là l’objet de son dernier livre La lutte de classes en France au 21ème siècle. Il décrivait une France homogène dans son appauvrissement (hormis les 1 % les plus riches) comme dans la baisse du niveau éducatif. Il n’y avait bien que l’ « aristocratie stato-financière » (les 1%) pour s’enrichir. Toutes les classes inférieures ne regardaient à chaque échelon que vers la classe inférieure pour en faire un bouc émissaire. La « petite bourgeoisie-CPIS » (Cadres et Professions Intellectuelles Supérieures) se vivait comme un gagnante alors qu’elle aussi subissait cette baisse du niveau de vie. L’auteur appelait donc à l’union de ces classes pour reprendre en main leur destinée contre ces 1 %, ceux-là mêmes qui ont fait l’euro et l’Union Européenne qui appauvrit notre pays.

Tout en bas, il y a donc le « prolétariat » comprenant les « employers non-qualifiés », au total, 30 % de la population. Juste au dessus, un ventre mou, 50 % de celle-ci : « la majorité atomisée » qui ne constitue nullement une classe pour soi c’est à dire ayant conscience d’elle-même et de ses intérêts. Ce groupe disparate a un vote très fluctuant, un coup à gauche, un coup à droite, bref, il semble dépolitisé. Espérons que la crise pandémique actuelle mettra pour eux en lumière l’incurie gouvernementale et les maux du néolibéralisme dont l’austérité budgétaire est criminelle quant-au financement de l’hôpital public. Cette typologie sociale était donc avant pandémie. Désormais le chômage va s’accroître et la récession économique actuelle risque de se transformer en dépression. L’ampleur de celle-ci reste à déterminer. De 1992 à 2019, Emmanuel Todd examinait une baisse du niveau de vie en France. Celle-ci de toute évidence ne sera que plus forte encore après le confinement.

Alors que ferons-nous. Serons-nous plus nombreux dans la rue ? Organisons-nous d’ors et déjà en ce sens, insufflons de la critique économique et politique. L’idéologie néolibérale doit être désignée comme criminelle et surtout ses réalisations concrètes comme la détérioration des services publics. Fédérons les mouvements de contestation existants avant-crise mais surtout élargissons nos réseaux, nous devons être plus nombreux à être actifs politiquement. Cette typologie des classes sociales doit nous amener à orienter notre vindicte contre les vrais responsables : ces 1 % qui s’engraissent tout en haut, après des aller-retours public privé, tantôt la banque, tantôt l’administration, tous ces hauts fonctionnaires passés par l’inspection des finances qui nous gouvernent.

Cette crise aura mis en avant ce qui est essentiel : sauver des vies plus que l’économie. Elle aura mis en évidence que c’est sur l’entraide que nous devons nous appuyer et non la compétition, la guerre de chacun contre tous, l’individualisme néolibéral. Elle aura mis aussi en avant ce qui est nécessaire de produire et qu’il faut conserver des industries stratégiques sur notre territoire : fabrication de masques, respirateurs, gel hydro-alcoolique, médicaments etc. C’est bien à une démondialisation qu’il nous faut tendre. L’Union Européenne a quant-à elle montré son inefficacité : les États-Nations se sont repliés sur eux-mêmes, avec une solidarité à minima entre eux. Cette Europe libérale elle aussi a fait sont temps, avec ses critères imposés d’austérité budgétaire (3 % du PIB, dette à publique à 60 % de celui-ci…). Il nous faudra retrouver notre pouvoir de création monétaire également.

Cette pandémie a tout ralenti et imposé une décroissance. Ne perdons pas de vue qu’il nous faudra choisir ce qui doit croître ou décroître dans nos productions, ceci afin de soutenir une croissance beaucoup plus saine pour l’environnement, le Vivant.

Bien évidemment ils ne nous laisseront pas faire et chercherons à relancer leur grande machinerie productiviste. A nous de l’arrêter et d’orienter le rapport de force en notre faveur : il nous faudra être beaucoup plus nombreux que lors des Gilets Jaunes ou de la grève contre la réforme des retraites, il ne suffira pas d’applaudir à sa fenêtre.

 

Gilets jaunes, cheminots, ratp...

 


La mort qui rôde

La mort est dans l’air, en suspens. La vie en est bouleversée, elle prend en tragique, en sérieux et gravité. On repense les choses autrement quand tout est une question de vie ou de mort. Il y a l’avant Corona et maintenant où tout lui est subordonné. Toute information qui nous parvient est en lien avec lui. Il change le monde, notre conscience du passé, nous fait le reconsidérer en même temps qu’il nous fait envisager l’avenir autrement. Et puisque la dégringolade n’est pas finie (économique, financière etc.), l’on envisage ce qui avait été utopie comme pouvant présentement ou à l’avenir être mis sur la table. La pandémie a augmenté le champs des possibles. Celui-ci s’est ouvert, ils ne le refermeront pas de sitôt sans protestation. Car cette pandémie a montré que l’État pouvait encore beaucoup de choses, que tout était une question de choix, que quand l’on voulait, on pouvait, que l’on pouvait sortir donc des milliards, que tout d’un coup l’on pouvait envisager, même pour de pseudo-néolibéraux, de renflouer l’hôpital public et d’évoquer des nationalisations…

Mais cette clique, ces bons-à-rien devront payer leur insolence, leurs défaillances flagrantes, leur manque de préparation.

Sibeth Ndiaye a encore fait une bourde. Ce personnage pourrait paraître insignifiant et il l’est ! Il peut toutefois être révélateur comme archétype de la Macronie, de son mépris de classe, de sa nullité !


ça vous rappelle rien


 

Ne produisons plus n'importe quoi

 


Chiens de garde du capital

« Qui sert la bourgeoisie ne sert pas les hommes. »

Paul Nizan Les chiens de garde

 

Plus que les hommes qui font l’histoire, il semblerait ici que ce soit l’histoire qui révèle les hommes, à eux-mêmes d’abord, puis aux autres. Marc Bloch en est un parfait exemple : savant reconnu, professeur bon teint qui se retrouve dans la Résistance.

Les situations exceptionnelles mettent en évidence de grands hommes ainsi que des médiocres et des salopards. Il n’en paraît que plus clair aujourd’hui, avec Macron, Philippe, leurs ministres et leurs députés, qu’ils ne sont pas à la hauteur de l’événement, avec pour certains, cet air contrit de chat ayant chier à côté de sa caisse. Quand des milliers de vie sont en jeu, il semble qu’il leur vienne une once de culpabilité. Ainsi nous assistons au pathétique spectacle de les voir faire les modestes, demander pusillanimement que l’on ne les critique pas trop, implorer l’Union sacrée que diable, pour les mettre espèrent-ils plus à l’abri de la critique.

L’un des archétypes de cette médiocrité actuelle, c’est bien le personnage de Sibeth NDiaye, pathétique et même indécente : elle continue, alors que des milliers de vie humaines sont en jeu, à user des ses billevesées communicationnelles.

Cette bourgeoisie se révèle dans ces moments difficiles pour ce qu’elle est, symptomatique dans ces quadragénaires macronistes : des « esprits » faibles et geignards incapables de sens moral et de l’intérêt général supérieurs en période de crise, de vie ou de mort, incapables de se dépêtrer du douillet manteau de soie où ils ont été élevés les mettant à l’écart des autres classes sociales plus pauvres et de la réalité.


Nous voyons là un élevage d’êtres décérébrés c
hoyés et encouragés à se persuader qu’ils sont les meilleurs, bien au dessus de la plèbe infâme.

Ce sont juste de petits singes qu’on a dressé, d’une bêtise crase de conformisme, de manque de pensée et ressentis personnels, car trop écartés de dures réalités de la vie.

Un cocon caduque, mort-né.

 

A quand l'embrasement général


« Pourquoi les pauvres votent à droite » de Thomas Frank. Titre original : « What’s the Matter with Kansas ? How conservatives won the heart of America. »

Anticipe largement l’élection de Trump dans l’analyse. Des analogies avec les GJ aussi : ce sentiment anti-élites même si les GJ, contrairement au Kansas de Thomas Frank, émettent des revendications essentiellement économiques et politiques.

L’auteur décrit l’orientation de la classe ouvrière, des plus pauvres vers des questions identitaires, culturelles et à voter pour des gens qui ne feront rien pour eux du point de vue économique comme le RN en France et ceci dans un contexte de démolition de la société et surtout des plus modestes, par le capitalisme néolibéral, le libre marché etc.

L’auteur pointe aussi en symétrie l’abandon par les démocrates de la classe ouvrière, des plus pauvres, cherchant plus à séduire la classe moyenne supérieure pour financer sa campagne. En France c’est également ce que fit le Parti Socialiste sur les conseils notamment de la fondation Saint-Simon.

Qu’en conclut l’auteur ?

Que c’est bien parce que le parti démocrate abandonne toute critique de l’économie en terme de classes, qu’il laisse porte grande ouverte à la Réaction des républicains conservateurs. Toute ressemblance avec notre si beau pays n’est pas du tout une pure coïncidence. Ce sont bien les mêmes mécanismes à l’œuvre : cacher leurs propres intérêts aux classes populaires, les dévier vers des fausses routes identitaires et culturelles comme le plus grand mal, assurer le service après vente du capital, ahou ça fait mal !

C’est bien ce que des deux côtés de l’Atlantique (en Europe et aux States quoi !..) assurent médias et industrie culturelle : le règne du capital.

 

Ne regarde pas en bas C'est en haut que ça se sert


« Ne pleure pas, organise toi.« 

Rosa Luxemburg


« Qu’importe le gilet

Pourvu qu’on ait l’ivresse.« 

Je sais pas


Face à la violence des riches


Il ne faut jamais sousestimer le ressentiment des riches SANG ROUGE


 

Vous êtes surveillés 2020

 


En libre téléchargement pour imprimer :

 

2 commentaires

  1. Journal de très belle qualité ! oui il faut lutter contre cette Union Sacré ! NOUS NE SOMMES PAS DE LA CHAIR A PATRON !

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